Coucou, je suis Ace !

Le coming out est un moment important dans la vie de toute personne ayant une orientation ou une identité s’éloignant de l’hétérocisnormativité. A la fois acte militant pour certain-es, et acte personnel pour d’autres, il peut représenter le commencement d’une nouvelle vie, la fin d’un questionnement ou tout simplement une marque de confiance importante. Il peut être l’occasion de se stabiliser grâce au soutien de ses proches, mais aussi malheureusement de se sentir terriblement opprimé-e par la réaction nocive de ceux-ci.

A travers cet article, nous vous proposerons le témoignage de diverses personnes sur leur coming out : auprès de qui l’ont-iels fait ? Dans quel contexte ? Comment cela s’est-il passé ? Puis nous donnerons quelques conseils « légers » aux personnes souhaitant faire leur coming out mais démunies devant celui-ci. Et puis surtout, nous indiquerons aux non aces quelles réactions sont acceptables dans ce genre de situation.

Source : http://www.lesnerds.ca/asexualite-redefinir-lamour-le-sexe/
Source : http://www.lesnerds.ca/asexualite-redefinir-lamour-le-sexe/

Concernant l’orientation sexuelle, il y a visiblement 3 cercles auprès desquels le coming out est récurrent : le-s partenaire-s, les ami-es, la famille. Même si la recherche d’acceptation et la fierté de dire haut et fort ce que nous sommes sont au centre de la démarche, dans chaque cas, les enjeux sont différents.

En effet, faire son coming out auprès de son-a/ses conjoint-e-s a surtout un enjeu « stratégique », sécuritaire pour beaucoup d’ace. La société forme une idée du couple où le sexe est au centre et représente l’acte affectif par excellence. Le fait de ne pas le pratiquer peut donc être vu comme un manque d’amour, un signe d’infidélité et dire son orientation peut permettre d’apaiser ces doutes :

« Quand je me suis rendue compte que je n’avais plus envie et qu’il fallait que je me force pour le satisfaire je n’en pouvais plus. J’ai donc arrêté net. Il a cru que je le trompais, que je ne l’aimais plus. J’ai fini par lui dire tout simplement « Ce n’est pas toi, je t’aime toujours. Mais je suis asexuelle. Je n’y peux rien ». Au début, il ne m’a pas crue. Il pensait que je lui mentais pour gagner du temps. Ça a été un long chemin, mais il a fini par l’accepter » M.

La négation devant l’orientation est d’ailleurs partagée par plusieurs Aces. Les partenaires y voient un prétexte pour ne pas « faire d’effort », un mensonge pour avoir la paix, un traumatisme ou un problème d’hormones. Les faux fuyants sont nombreux pour ne pas avoir à nous écouter :

« Mon copain cherchait à y voir un blocage réactionnel à un traumatisme … c’est difficile d’y répondre quand on n’est pas sûr-e de soi. Aujourd’hui, je leur réponds à tous que peu importent les causes ou la durée de cette orientation, c’est ainsi que je me sens aujourd’hui et ils doivent respecter ça. » B.

Mais il arrive aussi que le coming out se déroule bien et soit accepté par lea conjoint-e, malgré des petites réserves :

« Avec mon mec, ça c’est bien passé (de toute façon, il trouvait déjà que j’avais un « problème » avec le sexe, donc ça a plus ou moins « confirmé » ça. Et quand je lui ai dit, c’était en mode « c’est comme ça de toute façon c’est un fait donc voilà ». Bon, ça s’est bien passé, même si il a quand même cherché la petite bête du genre « oui, mais des fois t’as envie » « tu vx pas qu’on regarde un porno ensemble? » « C’est ptet à cause de [passé agression sexuelle] »… » L.

Il arrive même qu’il n’y ait aucune réserve du tout de fait :

« Quand j’ai vu la débâcle dans mon ancienne relation, j’ai préféré mettre les choses au point avant d’en commencer une nouvelle. Je suis arrivé la fleur au fusil et j’ai mis les choses au point tout de suite. J’ai dit à mon futur copain « je suis asexuel ». Il a pas compris, il ne connaissait pas. Alors je lui ai expliqué. Il était pas spécialement extatique, il s’inquiétait un peu de foirer. Mais il m’a dit « eh bien je m’adapterai », et effectivement, il s’est adapté. Je dis pas que c’est parfait et que ça se passe toujours merveilleusement bien, mais c’est vrai que dans l’ensemble, cette relation est saine pour nous deux. » K.

Au final, ce qui rend compliqué le coming out auprès des personnes que l’on aime ou avec qui l’on partage une part d’intimité, c’est la variabilité des réactions. Il peut y avoir beaucoup d’ego en jeu, du fait notamment de la méconnaissance de notre orientation qui pousse à croire que nous avons un problème avec CETTE personne alors que pour nous il ne s’agit pas d’un problème mais bel et bien d’une absence totale ou partielle de désir de manière générale.

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Les ami-es représentent une autre sphère importante, notamment car c’est l’un des groupes sociaux dans lequel le sexe est le plus souvent abordé. Si avant il était tabou d’en parler, ça n’est clairement plus le cas. Il est courant qu’au cours d’une soirée en petit comité les langues se délient : « et toi, quand t’as fait ça tu l’as vécu comment ? », « telle personne était tellement merveilleuse, je veux lea revoir ! » etc.

C’est le moment où l’asexualité rend le truc complexe, quand vous avez peu d’histoires à raconter sur le sujet, ou que ces histoires vous dérangent, l’attention se tourne généralement vers vous : « c’est parce que tu ne connais pas le plaisir », « tu n’as pas trouvé le bon » etc. C’est généralement le moment aussi où l’on ressent le besoin de dire qu’en fait, on est juste pas concerné-e :

« J’en ai parlé à la plupart de mes amis, parce que je les crois plus compréhensifs, bien que j’ai eu droit aux habituelles phrases entendues du genre « T’as pas encore rencontré la bonne », ou « T’inquiète, ça viendra ». Quoique la palme revienne sans doute à cet ami qui m’a dit que j’étais « Asexuel par défaut » parce que célibataire… Enfin, le point positif est que cela a généré une discussion autour de l’asexualité ou j’ai pu expliquer mon ressenti et les différentes nuances de l’asexualité (Nuances de gris, ahahahah, oh wait… NON!), tout en ayant quand même quelques remarques sur le fait que « Ouais non mais tu voiiiiis, tout le monde est un peu asexuel quelque paaaaart », ce qui m’a permis de dire merci pour ce délicieux commentaire niant mon ressenti. Mais bon, le message semble passé, et quand ils ont une question là-dessus, il n’hésitent pas, et en plus je peux les faire rager en les appelant sexuel-les (ils trouvent que ça les animalise, allez savoir pourquoi). » Doc.

Les réactions sont toujours complexes et peuvent générer une sorte de crainte. Mais dans l’ensemble, il est peut-être plus simple de faire comprendre son orientation à des ami-es qu’à des personnes qui partagent notre vie intime :

« Mes ami-es proches savent je crois, en tout cas je m’en cache pas sur Facebook. Mais je n’en parle pas ouvertement, j’ai peur qu’on me nie. On m’a déjà dit que ce n’était pas possible, de ne pas avoir de libido. Les gens ne comprennent pas, ce n’est pas que je n’ai pas de désirs, c’est que mes désirs sont différents. Ils nous prennent pour des prudes, je me sens pas prude. Récemment, du fait d’articles que j’avais posté sur FB , des ami-es m’ont posé des questions. Certain-es disaient des trucs maladroits, sous-entendaient que c’était un choix ou rappelaient des rapports que j’avais eu avec d’autres gens. Mais aucun-e ne me niait en fait, c’était simplement pour essayer de me comprendre et je crois que j’ai apprécié le geste. J’ai préféré avoir des réactions maladroites que pas de réaction du tout. Aussi, en parler sur FB m’a permis de réaliser qu’un autre de mes ami-es est ace, du coup dès que quelqu’un nous dit un truc con sur le sujet, on s’envoie un message et on en rigole ensemble. C’est vraiment un moment privilégié. » M.

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Source : http://www.lesnerds.ca/tag/asexualite/

Et puis bien sûr, il y a la famille. Si le coming out auprès de celle-ci ne semble pas utile lorsqu’on est « adulte », car après tout c’est notre vie sexuelle et elle nous regarde, celui-ci peut se révéler utile lorsqu’on est plus jeune :

« Je me sentais vraiment anormal au lycée. Je vivais dans une famille où on sous entendait que pour garder quelqu’un, il fallait savoir faire la cuisine et faire du sexe. J’étais horriblement mal à l’aise. De plus, je ne savais pas comment garder quelqu’un autrement que grâce à un coït. J’étais vraiment démuni et mal et triste de ne pas savoir vers qui me tourner. Je n’ai jamais parlé à ma famille et je ne regrette pas. Mais j’aurais aimé pouvoir. » K.

Le problème étant qu’une certaine pudeur se crée sur le sujet et qu’il est difficile d’en parler au sein de sa famille :

« Une fois, quand j’avais 17 ou 18 ans, j’ai essayé de dire à ma mère que je n’aimais pas le sexe et que je me forçais, elle m’a simplement répondu que ça ne la regardait pas. Les réactions sont souvent assez condescendantes, on s’étonne et on me dit que ça ne doit pas être facile, comme si c’était forcément un problème de ne pas avoir envie de coucher à tout prix, comme s’il n’y avait rien d’autre de bon dans la vie. » S.

Mais une forme d’âgisme aussi peut se produire sous la forme de « c’est normal parce que tu es jeune, mais tu verras quand tu seras âgé-e, moi je sais, j’ai connu la vie etc. » :

« Je l’ai dit à ma mère, aussi, le jour où elle m’a demandé si je prenais la pilule ! J’ai eu droit aux « tu es trop jeune pour savoir » (j’ai 22 ans), « tu n’as peut-être pas trouvé la bonne personne ». » B.

Mais si des barrières existent dans les coming out auprès des familles c’est aussi et surtout du fait d’un manque d’information et de visibilité. Nous en revenons donc toujours aux mêmes combats.

Comment faire son coming out alors lorsque celui-ci semble si compliqué ?

Voici des « conseils » légers de la part de votre chroniqueur qui a un pied dans le placard et un pied en dehors !
– Le coming out en frontal peut être vraiment dur. Si c’est l’occasion pour les plus « courageux » (je mets de gros guillemets car quoi qu’il arrive faire son coming out est courageux, mais ne pas le faire l’est aussi) d’arracher un pansement d’une traite pour ne pas avoir mal, cela peut aussi représenter un obstacle insurmontable. Beaucoup d’entre nous ne s’imaginent pas simplement dire « je suis asexuel-le ». Parfois les sous-entendus sont une manière bien plus simple d’initier le débat : « du sexe ? hmm je préfère les gâteaux », « la meilleure chose du monde ? je ne dirais vraiment pas ça ! ». Ou encore :

Illustration : Flore Balthazar
Illustration : Flore Balthazar

– Parfois le coming out en face à face est juste trop complexe pour être réalisé, notamment pour les personnes introverties ou souffrant de phobie sociale. Un coming out n’a pas nécessairement à être réalisé en direct. Si c’est souvent l’image qu’on en a : réunir tout le monde, dire ce qu’on a à dire et déboucher le champagne, c’est en fait rarement ainsi que ça se produit. Aujourd’hui, les réseaux sociaux nous permettent de faire passer plein de messages sans avoir à les énoncer directement. Vous pouvez partager des articles sur le sujet et dire que vous vous y reconnaissez, vous seriez surpris de voir le nombre d’ami-es qui vous liront et vous soutiendront, notamment en ayant accès directement à des ressources explicatives. Vous pouvez aussi choisir le mail en y joignant des liens vers des articles informatifs. Souvent malheureusement, les réactions néfastes sont dues à l’absence de connaissances sur le sujet…
– Enfin, il arrive que vous soyez nié-es en raison de votre orientation romantique. Je vous offre une petite technique que je trouve cool mais qui peut vous sembler totalement loufoque : dites-le avec un poney ! Portez haut et fort les couleurs de votre orientation sexuelle et de votre orientation romantique et expliquez tout simplement « j’ai le droit d’aimer les femmes et les hommes, et donc d’être bi, mais de n’avoir envie de sexe avec personne ! ». Ce n’est pas parce que vous êtes ace que vous faîtes vœu de célibat !

Pour finir, et même si la semaine prochaine vous aurez accès à un article entièrement sur le sujet, voici quelques conseils aux non-ace qui se trouveront face à un coming out :
– N’en faites pas une montagne : inutile de vous outrer ou de monter sur vos grands chevaux. C’est juste une orientation sexuelle. Chacun-e fait ce qu’iel veut de son temps libre et cela n’a pas à être validé ou régulé par vous.
– Mais ne vous en fichez pas non plus : un coming out est un moment important pour la personne qui le fait. Le noter et remercier cette personne de la confiance qu’elle vous accorde est la moindre des politesses. Vous pouvez aussi dire à cette personne à quel point elle est courageuse, non pas d’être ce qu’elle est, car c’est condescendant, mais de vous l’avoir dit, car c’est parfois difficile.
– Montrez-vous digne de confiance : un coming out es
t un secret, vous ne devez pas le divulguer à d’autres personnes.
– Ne soyez pas trop exigeant-e : si une personne vous fait confiance, ça ne veut pas dire pour autant qu’elle va vous éduquer ! Ce n’est pas parce que quelqu’un-e fait son CO qu’iel donne son autorisation pour lui poser 50 questions. Si vous voulez en savoir plus, à vous de faire des recherches, cela fera très certainement plaisir à votre proche de voir que vous vous intéressez à ellui.

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