Entre espoir et souffrance – vécu d’unæ bigenre non-binaire

Aujourd’hui c’est la journée de visibilité des identités trans*.

Aujourd’hui c’est autant une journée d’hommage à nos disparu.e.s qu’une journée de lutte et d’espoir.

Aujourd’hui, je vais vous parler de moi, de nous.

Quand je suis néæ, on m’a assigné fille. J’ai grandi, socialiséæ comme fille. Une case trop étroite, trop fixe, immuable. Figée. J’ai grandi sans qu’on entende ce mal-être, sans qu’on ne m’écoute. Si quelqu’un-e avait pris la peine de tendre l’oreille, on – ce « on » indéfinissable et flou des gens, de la société, des proches – m’aurait peut-être parlé des bloqueurs d’hormones. J’aurais préféré choisir. Quel corps. Si je voulais des seins, des hanches. J’aurais voulu choisir le corps androgyne que je n’ai pas. Malheureusement, personne n’a su entendre les cris que je n’osais pas pousser. Je chuchotais la souffrance. J’aurais sans doute dû chuchoter plus fort. Pour ne pas me retrouver, quelques vingt ans plus tard, face à ces seins largement visibles, une taille outrageusement marquée, des hanches terrifiantes. J’ai peur de prendre des hormones aujourd’hui. Peur que ça vire trop masculin. Parce qu’il est vrai que je ne vous ai pas dit :

je suis bigenre.

Ça implique une certaine fluidité entre être femme et être neutrois, pour moi. Je ne veux pas aboutir à un passing d’homme cis. Ni à des traits marqués spécialement comme masculins. Mais mon passing de femme cis me fait me sentir mal quand le neutrois prend le dessus. Mon passing de femme cis amène les gens à me genrer au féminin sans se poser de question. A utiliser mon prénom de naissance, prénom que je hais quand on me l’impose. C’est terrifiant de savoir que je vais devoir affronter la blessure de la malgenration constante, encore. Terrifiant de savoir que je n’ai pas le choix sur le genre qu’on appose à mon corps. Terrifiant d’être privéæ de choix ainsi.

Un corps est un corps. Il ne devrait pas être le porteur d’un genre imposé.

La société nous nie. Les identités trans, queer, non-binaires sont prises par la plupart des gens comme une vaste blague. Mais je ne suis pas une blague. Ma souffrances et celle de mes ami-e-s trans, queer, non-binaire n’est pas une blague.

Nous nous suicidons.

Nous nous faisons mettre à la rue par nos parents.

Nous vivons dans le placard de vos marges.

Nous dépérissons de vivre à l’ombre de vos intolérances.

Mais nous sommes belleaux. Splendides. Nous sommes la lumière des interstices. Nous avons de la voix et nous crions à la face du monde notre existence. Vous ne pourrez plus dire que vous ne saviez pas. Vous ne pourrez plus genrer quelqu’un-e arbitrairement sans que votre mémoire sonne les alarmes du cissexisme et de la transphobie.

Aujourd’hui c’est la journée de visibilité des identités trans*. Aujourd’hui nous existons dans la lumière des projecteurs faibles que vous daignez poser sur nous. Demain je voudrais avoir la force de ne pas retourner dans l’ombre. De m’imposer à vos bornes excluantes et de les faire sauter. Mais comme chaque jour, je passerai ma journée à tenter de survivre dans ce monde qui nie mon existence. Je passerai ma journée à faire taire la douleur d’être malgenréæ et de ne pas trouver ma place.

Demain, je mettrai toute mon énergie à tenter de vivre.

Ce devrait être tous les jours la journée de visibilité des identités trans*. Et c’est votre rôle d’allié-e-s de diffuser nos actes, nos prises de parole, et de relayer ce qui devrait être une évidence : nous avons le droit d’exister.

écrit par
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