Féministe ? Hein ?

La question est cruciale : que faire lorsque l’on n’est pas concerné.e par un sujet et qu’on n’y connaît que dalle, voire que l’on est pétri.e de préjugés en la matière ? La réponse est simple : on propose ses écrits à Marie-Claire ou Biba on n’écrit pas sur ce sujet. En d’autres termes, on ne juge pas, on s’occupe de sa propre vie. Oui, je sais, c’est dur. Parfois, certain.e.s éprouvent les plus grandes difficultés à se contenter de parler de sujets qu’illes maîtrisent et veulent absolument donner leur avis sur le reste, ce qui donne ce genre de truc. C’est fâcheux, oui, mais, je vais de ce pas décortiquer ces quelques lignes de concentré de condescendance, d’ignorance et de jugements de valeur typiques de la personne non concernée qui n’y connait rien mais s’imagine que son avis pourrait être utile.

 

Dès le début de son texte, l’autrice démontre qu’elle n’a absolument rien compris au sujet sur lequel elle écrit. Elle nous donne, après avoir linké un article sur l’asexualité et ses différentes formes, trois définitions.

Elle décrit les « grisexuels » comme étant « dans la zone grise entre asexualité et… » allez, ouiiii, t’y es presque ! « … un niveau d’intérêt sexuel normal. » Ah ben non, elle peut pas. Elle peut pas s’empêcher de chier sur les gens. C’est compulsif. « Normal » ? Pour traduire « typical » ? Ce n’est pas comme si le mot « normal » était connoté négativement et couramment utilisé pour juger et « remettre dans le droit chemin » les personnes n’entrant pas dans la norme. L’autrice s’empresse d’ailleurs d’enfoncer le clou en ajoutant « un peu mous du genou, quoi ». Les personnes graysexuel.le.s apprécieront.

Elle déclare ensuite que les « panromantiques peuvent tomber amoureux (mais sans intérêt sexuel) de n’importe qui ». Là, ça devient vraiment embarrassant… Être panromantique ne désigne pas une orientation sexuelle mais une orientation romantique. La personne témoignant dans l’article est donc asexuelle ET panromantique, mais il est tout à fait possible d’être panromantique  ET hétérosexuel.le, bisexuel.le, demisexuel.le, etc… « Orientation romantique » ? Ouille, encore un long mot qu’il est trop compliqué… Voilà ce qui arrive quand on essaie d’écrire à propos de quelque chose en ayant lu et même pas compris qu’un seul article sur le sujet.

Elle se permet ensuite de qualifier de « contrariants » celleux ayant des envies sexuelles mais sans désir de les partager avec quiconque. C’est vrai que c’est vraiment chiant, ces personnes qui ne souhaitent pas coucher avec d’autres gens, on devrait instaurer un service minimum pour les obliger à faire du sexe pour le bien de la communauté et des gens « normaux » qui ont des envies « normales »… Oh wait, ça existe déjà, ça s’appelle le mariage dans une société hétéronormée.

Quand quelqu’un nous dit qu’ille aime manger mais qu’ille préfère déguster sa pizza seul.e devant une série, personne ne lea fait chier. Pourquoi les gens nous chient-ils une pendule dès qu’il s’agit de sexe ? Ceux qui font tout un foin de l’orientation sexuelle des autres ne sont pas ceux que l’on croit. Pourquoi ne puis-je pas tranquillement me qualifier de demisexuelle sans que des abruti.e.s qui se croient drôles viennent se foutre de ma gueule ? Si vraiment vous estimez que chacun doit faire ce qui lui plait, alors laissez les gens se définir comme illes le souhaitent.

 

Suit un passage assez navrant que je résumerais ainsi : « Qu’est-ce que je suis drôle et impertinente à inventer des mots pour me foutre de la gueule des gens hihihi. Vive moi. Et pi je suis célibataire alors j’ai le droit, et toc. » Célibataire ? Oh, bichette… C’est tellement plus terrible que d’être raillée et qualifiée de malade mentale en raison de ton absence d’attraction sexuelle…

Comme dit dans l’article (pas le sien, l’autre : celui de WIRED), l’absence de visibilité du spectre de l’asexualité fait souffrir de manière très concrète beaucoup de gens, mais nous ne devrions apparemment pas parler de ces sujets ni inventer de mots pour nous définir car cela nuit à son petit confort de femme qui aime se définir comme « normale ». Je propose donc que nous arrêtions tous de remettre en question l’hétéronormativité afin de préserver le confort de vie de Madame Mazaurette qui ne pige pas très bien l’utilité de réfléchir à des problématiques qui ne la concernent pas.

Ce n’est pas encore fini. Comme il ne faudrait pas bâcler un travail déjà si bien amorcé, l’autrice s’attache à démontrer jusqu’à la toute fin de son article à quel point elle pédale dans le clafoutis. Le dernier paragraphe s’ouvre donc sur les mots « polarisation de la vie sexuelle ». D’ac-cord. Si tu veux. Puis, ceci :

Si les labels habituels n’étaient pas si codifiés, si la pression sociale n’était pas si intense pour que nos vies sexuelles se ressemblent, les demisexuels et grisexuels pourraient se situer tout naturellement sur le spectre qui va de l’asexualité à l’hypersexualité

Mais c’est ce qu’on fait, bordel de nouille, nous nous situons sur le spectre de l’asexualité CAR la pression sociale essaie de nous couler dans un moule hétéronormatif qui nous blesse. Tout ça pour ça ? Un article foutage de gueule pour finir par admettre que si nous avons besoin de mots pour nous définir, c’est justement parce que la société tente de nous empêcher de vivre nos vies comme on l’entend ?

Elle enchaîne en confondant asexualité, importance de la libido et fréquence des rapports, comme s’il y avait un quelconque lien entre les trois. De l’importance de savoir de quoi on parle avant d’écrire des articles dessus…

Ce paragraphe final est un magnifique exemple de silenciation. Quel besoin de réfléchir, d’inventer de nouveaux mots et concepts, d’écrire des articles et de témoigner, il suffit de vivre ta vie comme tu l’entends ! Alors, les oiseaux chanteront, les arbres fleuriront les oppresseurs périront dans un torrent de lave et tout le monde dansera en rond en une joyeuse farandole sous l’étendard de l’égalité. Je suis humaniste, moi, Madame, je pense que nous sommes tous égaux. Non, ta gueule, arrête de parler de tes problèmes et va danser avec les autres ou reprend un verre de punch, ça ira mieux.

 

Elle conclut en déclarant que « si ça soulage de créer des labels, tant mieux ». Cette phrase est d’une condescendance ahurissante
mais hey, nous avons donc finalement sa bénédiction ! C’est gentil, ça, dis donc. Tout ce qu’elle demande en échange, c’est de pouvoir « être sûre que ces cases sont poreuses« . Elle saurait que c’est le cas si elle avait lu l’article sur lequel elle base ses réflexions, mais on est plus à ça près, hein ? En tout cas, c’est vachement rassurant de savoir qu’elle n’a rien contre nous. Moi aussi, quand je n’ai rien à reprocher à quelqu’un, j’écris des articles pour me foutre de sa gueule. Ça me détend.

Et encore ce terme : « labels »… C’est drôle de voir que des mots comme « label », « étiquettes » ou « cases » ne sont utilisés quasiment que par des gens critiquant le simple fait de créer de nouveaux mots pour définir ce qui sort de la norme. J’y vois une manière de nous accuser de nous attacher à des détails sans importance, de vouloir absolument tout « codifier » sans raison, bref, de nous faire passer pour des chieuses. Un label, c’est quelque chose de rigide, quel meilleur moyen d’accuser quelqu’un de faire preuve de rigidité que de dire qu’il se « crée un label » ? Quand quelqu’un m’accuse de me « coller une étiquette », ce n’est rien de moins qu’une façon de me reprocher mon désir de faire de l’asexualité et de ses différentes nuances un sujet plus visible au sein de la société. Sauf que nous continuerons d’inventer des mots pour désigner ce qui n’a pas encore de nom, que cela plaise ou pas. Nous créons des mots car ils manquent et que cette absence a des conséquences très concrètes et néfastes sur nos vies, pas par caprice ou pour être « soulagé ».

 

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