La décadence de l’Occident

ou « Les féministes à l’assaut de la civilisation »

Dansons sur les cendres.

De tout temps, on dirait que les périodes de trouble, de mutation, de guerres ou de révolutions ont été propices aux mouvements émancipateurs des minorités.
Ils se glissent dans les failles des grands mouvements de l’Histoire (pour ce qui nous concerne, l’Histoire des hommes cis blancs, européens ou d’origine européenne, majoritairement hétérosexuels ou homosexuels cachés). Il y a toujours retour de bâton, bien sûr, mais ils se faufilent, les impertinents.

Ainsi, les Anglaises obtinrent-elles le droit de vote en 1919.
Pour la Première Vague du féminisme, il aura fallu, non seulement les dizaines d’années de luttes des suffragettes, mais surtout le célèbre carnage de 14-18 pour qu’On finisse par estimer, qu’au vu de leur utilité, leur soutien, leur héroïsme, elles avaient quand même le droit de mettre un bulletin dans une urne.

Les Années folles furent follement décadentes, mais, outre-Manche, avec le droit de vote.

Les Françaises en 1945, les Belges en 1948, connurent également cet heureux événement, à la sortie du non moins célèbre massacre collectif, célébré régulièrement sous le nom de « Seconde Guerre Mondiale ».
Avaient précédé les nombreuses et épuisantes années de réunions, de manifestations, de tracts, voire de coups fumants des féministes de la Première Vague. Mais il semble qu’il vaille mieux mourir pour être un peu entendue.
Une fusillée ou une déportée valent beaucoup plus, à l’argus de l’Histoire, que l’attaque d’un tableau de Velasquez.

vote des femmes

Suivirent les Trente Glorieuses, avec un grand backlash, un retour général au foyer, mais toujours avec le droit de siéger au Parlement comme compensation.

La Deuxième Vague eut plus de chance. Les morts furent plus discrètes, ou en tout cas moins comptabilisées. Les « drames conjugaux », les viols, les avortements mortels ou tout simplement mutilants font moins joli qu’une bombe atomique.
Les hommes étaient aussi allés tuer et mourir un peu plus loin : Indochine, Algérie, Vietnam, Congo, c’était le bon temps des dé-Colonies.

La Troisième Vague (nous, ta-daaa) semble profiter un peu du brouhaha des invasions récentes, soi-disant féministes, de l’Afghanistan ou de l’Iraq pour se faire entendre. Ici ou là. Un peu. Oser dire que, non, bombarder des pays ne fait pas plaisir à leurs habitantes, fussent-elles opprimées au plus haut point.
Faire entendre notre voix quand, à l’occasion, on parle de « troussage de domestique » : car la mise en prison d’un riche et puissant homme blanc fait bien sûr les gros titres, et nous n’aurions jamais entendu parler du viol, dans le silence d’une chambre d’hôtel, d’une femme noire et « domestique ». Merci DSK. Merci George Bush junior.

C’était vraiment mieux avant.

Un des arguments, ou pour le dire mieux, une des peurs-paniques de certains penseurs néo-réactionnaires (blancs, hétéros et cis, faut-il le préciser ?), est donc que l’Occident court à sa perte. 
Et que les musulmans, et autres « minorités visibles », comme on dit pudiquement quand on veut dire « bougnoules », les féministes (ces harpies), les homosexuels (qui ne dérangent pas, mais faut pas trop les voir, car ils sont partout), les personnes trans (ces êtres étranges voire monstrueux), que tout ce peuple criard n’y est enfin pas pour rien.

Ainsi Eric Zemmour, dans son exceptionnel « Suicide français » : « En scandant « Mon corps m’appartient », les féministes renversent la malédiction millénaire : nos enfants nous appartiennent ; on a le droit de vie ou de mort sur eux ! Le mouvement est universel. Irréversible. » (Ça fait vraiment très très peur).

Scoop : ils ont raison. À part l’avant-dernière phrase délirante de cette citation (les années 70 auront donc inventé et légitimé l’infanticide), le constat est parfaitement juste. On voit, même, ô outrage, des femmes voilées faire des doctorats, au lieu d’enfanter. Daesh est dans la place !
C’est l’Apocalypse : le ventre des femmes et ce qu’il produit n’est plus la propriété exclusive de leurs hommes. C’est exactement ce que veut dire le remplacement de « l’autorité paternelle » par « l’autorité parentale », et son partage, que le même Eric Z. pourfend.

À la différence de Zemmour (ou de Finkielkraut, dans un genre plus discret, qui déplorait récemment sur Arte qu’on ne puisse plus être galant tranquillement), cela ne nous effraie pas. Ce n’est même pas que cela est joyeux : cela est normal. Pour nous. Pour la face cachée de la Lune. Bon, parfois, on danse un peu sur les cendres, mais après on a aussi un boulot, des enfants, une vaisselle à faire. La vie de sorcière, quoi, hein.

Mais on comprend que pour cette Histoire, dans laquelle « l’homme africain n’est pas assez entré », mais qui lui est allègrement rentrée dedans, pour cette Histoire qui reste muette quand des femmes ou des Noir.e.s meurent un.e par un.e, mais qui défile par millions quand on tue des dessinateurs blancs, oui, pour cette Histoire, c’est effrayant. (Et ne me dites pas qu’on a rendu hommage aussi à la seule femme assassinée dans l’affaire. Vous pouvez me citer son nom ? Moi, j’ai dû retourner chercher : c’est Elsa Cayat).

Que je sois claire : qu’on tue des gens qui dessinent m’a plongée dans un état d’hébétude que je n’avais pas connu depuis le 11 septembre. Il se fait cependant que, pour moi, contrairement sans doute à d’autres (et, clairement, contrairement aux hommes que je connais), cet état d’hébétude était mêlé de bien des questions, dont vous trouverez un excellent aperçu ici. Ou ici.

N’ayez pas peur !

Alors : souhaitons-nous la destruction de l’Occident ? Si c’est celui qui a produit Monet, non, à aucun prix. Si c’est celui qui forçait Berthe Morisot à ranger ses pinceaux dans un placard, pour recevoir, car la peinture, n’est-ce pas, ça fait des saletés, dans un intérieur bourgeois ? Oui, clairement.
En restant pacifiste, si possible jusqu’au dernier souffle, car nous sommes gentil.le.s. Et que, si « le machisme tue tous les jours, le féminisme n’a jamais tué personne », comme le dit la maxime populaire. N’ayez pas peur.

decadence_coul

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