Le viol parfait

Je n’ose jamais parler de mon viol, surtout à des Hommes cisgenres, parce que je sais que leur réflexe de défense patriarcal est trop fort et ils me rétorquent systématiquement « non, mais toi tu l’as peut-être vécu comme un viol, mais peut être que lui, dans sa tête, ce n’était pas vraiment son intention tu vois ».
On se serre les coudes entre cisdétenteur de bites, on ne voudrait pas se faire soi même accuser de viol pour un simple malentendu.
Pourtant j’ai dit non, plusieurs fois même, il m’a répondu « mais si, tu verras, tu vas aimer ça », parce que l’Homme sait mieux que moi quels sont mes désirs, il sait mieux que moi que quand je dis non, ça veut pas vraiment dire non, en fait, que je veux juste me faire désirer, coquine que je suis.
Du coup, il m’a un peu forcé, la main, enfin la chatte quoi.
Mais on ne peut pas lui en vouloir à l’Homme, avec tous ses désirs incontrôlables, une fois qu’il a la bite toute dure, il arrive plus à penser à autre chose.
L’Homme a toujours une bonne excuse.

« Il était triste de s’être fait larguer et a juste voulu le faire « une dernière fois ». »
Il a vu une mini jupe et n’a pas pu résister.
Il désirait cette fille n’a pu se contrôler.
C’est sa femme donc il a bien le droit d’obtenir son dû, il a des besoins quand même.
Cette fille c’est une salope, tout le monde le sait, elle le méritait.
Elle était endormie, elle était sublime, l’Homme a juste assouvi ses fantasmes.»

A quel moment, au juste, le viol devient légitime ?
A quel moment une femme pourra parler de son viol sans que l’on la questionne sur ce qu’elle a dit, ce qu’elle a fait, ce qu’elle a provoqué ?
Nafissatou était trop laide, nous on dit les médias, et puis elle avait besoin d’argent, elle a tout manigancé. Trop moche pour être violée.
Jade n’était qu’une pute, elle a peut être un peu souffert, un peu pleuré, mais bon, on ne va pas la plaindre, c’est qu’une pute, c’est son métier.

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Du coup, j’ai envie de poser la question aux Hommes :

Quel est le viol parfait ?

Le viol qui nous ne vaudra aucun reproche, ni questionnement ?
A quel moment devenons-nous des « bonnes » victimes des viols ?
Suffisamment belle pour être crédibles, mais pas trop tout de même pour ne pas être soupçonnées d’être des allumeuses.
Suffisamment irréprochable dans notre comportement pour ne pas avoir attisées les désirs de l’Homme.
Suffisamment maligne pour ne pas avoir fais confiance à cet « ami » qui nous a demandé de passer la nuit chez lui, pour ne pas avoir dit non à ce collègue qui nous a proposé de nous raccompagner, alors qu’on aurait du s’en méfier.
Suffisamment sage pour ne pas avoir bu « trop » d’alcool, pour être partie faire la fête.
Suffisamment lucide pour avoir immédiatement été porté plainte, être allée à l’hôpital, plutôt que d’être restée chez nous avec notre trauma.

Alors je voudrais dire à toutes mes sœurs victimes d’un viol que non, le viol parfait n’existe pas.
Qu’ils n’ont aucune excuse et que vous n’avez aucun reproche à vous faire.
C’est leur faute à eux, et à eux seuls, de ne pas avoir respecté votre consentement.
Non, ils n’ont pas de besoins sexuels à assouvir, de désirs irrépressibles, et oui, ils savent les contrôler, et si ils savaient qu’on passait leur bite à la broyeuse après chaque viol, ils arriveraient soudainement à bien la dresser leur bite.

Toi ma sœur qui a été victime de viol, j’aimerai te dire, même si ce n’est pas facile, tu as le droit de panser tes blessures, tu peux tout te pardonner car tu n’as rien à te reprocher.
Tu as le droit de ne pas avoir su quoi faire, d’être restée tétanisée, inerte, on ne nous apprend à pas à affronter ce type de situation, à savoir leur arracher le lobe de l’oreille à coup de dents, à leur péter les couilles jusqu’à qu’ils en crèvent.

Je veux te prendre dans mes bras et te dire que tu n’es pas seule.

écrit par
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