Mad Max: Fury Road, un film féministe ?

[SPOILERS : cet article contient de petits spoilers sur le film sus-nommé mais n’en dévoile pas la fin ni les principaux twists. Ces spoilers ne gâchent à mon sens pas le visionnage du film.]

[Disclaimer : j’ai vu le film en VO sous titrée mais n’ayant pu profiter de la bande son pour des raisons évidentes, je serais ravie que des gen.tes entendant.es qui l’ont vu viennent compléter mon article ou me corriger sur certaines répliques car, parfois, les sous-titres ne collent pas exactement avec les dialogues.]

Beaucoup d’encre a coulé au sujet du dernier film de George Miller, notamment sous l’impulsion de militants masculinistes voyant dans sa bande-annonce la promesse d’une honteuse « propagande féministe déguisée en film pour mecs ». C’est un peu grâce à ces chers mascus que je me suis retrouvée, l’autre jour, sur un siège de cinéma, ne connaissant pas la licence Mad Max et étant en général peu friande de tout ce qui ressemble de près ou de loin à un film de crétins virilistes. Je tiens donc à remercier les masculinistes ayant fait un caca nerveux au visionnage de la bande-annonce car, sans eux, je n’aurais pas pu profiter de ce petit chef d’œuvre.

Un film violent… Mais presque exempt de violences sexistes

Rapidement, nous comprenons que Furiosa a  « volé » (sic) les « pondeuses d’élite » de son chef. Le pitch de départ promettait, comme c’est le cas dans la majeure partie des œuvres concernées, une surenchère de détails glauques voire de voyeurisme mettant gratuitement en scène des violences sexuelles (coucou Game of Throne). Ce genre de procédé rend ainsi le contenu difficilement accessible à une bonne partie des personnes, majoritairement des femmes, ayant été victimes de telles violences et qui en gardent des stigmates. Pas dans celui-ci. Si nous savons que ces cinq jeunes dames ont été violées par leur bourreau, rien n’est montré. Aucun détail n’est donné. Leur passé reste où il est et l’emprise que cet homme a eu sur elles ne transparaît que lorsque l’une d’entre elles tente de le rejoindre pour se faire « pardonner » d’avoir voulu le fuir ou lorsqu’une autre le nargue en l’insultant.

De même, à aucun moment Furiosa n’est rabaissée ou ramenée au fait qu’elle est une femme ou qu’elle a une prothèse. Pas de « tu conduis bien, pour une femme » ou « tu te bats bien, pour une femme »… Même lorsque Immortan Joe se rend compte qu’elle l’a trahi, pas de petite phrase sexiste du genre « On ne peut pas faire confiance aux femmes », un travers dans lequel tombent tellement de scénaristes… Furiosa a la classe et c’est tout.

Et le sexisme anti-mec, alors ? Misandriiiiiiie !
Et le sexisme anti-mec, alors ? Misandriiiiiiie !
Un film rare et précieux

Le fait que ce film a été qualifié maintes fois de « féministe » traduit de manière assez parlante la façon désastreuse dont sont représentées les femmes dans la plupart des autres œuvres fictionnelles. Oui, Furiosa est méchamment badass. Furiosa se bat avec brio, que cela soit avec une arme ou ses poings. Furiosa conduit un gros camion et s’y connait en mécanique. Furiosa est intelligente, elle a de la repartie. Furiosa inspire le respect et l’admiration. Mais, au fond, elle ne fait qu’occuper son rôle d’une façon que l’on réserve traditionnellement aux hommes cis. Un rôle de cheffe, un rôle de donneuse d’ordres où son autorité n’est remise en question que lorsque les demi-vie qu’elle commande se rendent clairement compte qu’elle est en train de se rebeller.

Par la suite, lorsqu’elle est amenée à faire équipe avec Max, son personnage n’est pas pour autant mis de côté afin que le nouveau venu puisse étaler sa glorieuse masculinité au travers de l’écran, comme c’est presque toujours le cas lorsqu’un personnage masculin débarque. Non, ils forment une vraie équipe et la façon dont cette équipe se soude à mesure que Furiosa et ses comparses acceptent la compagnie d’un homme en leur sein est plus ou moins égalitaire. Chacun.e apporte sa contribution, chacun.e à son mot à dire sur le chemin à prendre, bien que Max reste clairement la « valeur ajoutée » du groupe et doit faire profil bas car Furiosa et ses protégées lui font bien comprendre qu’elles iront à la « Terre Verte » avec ou sans lui.

Un seul mec et cinq femmes dans l'habitacle ? Misandriiiiiiie !
Un seul mec et cinq femmes dans l’habitacle ? Misandriiiiiiie !

Dans l’immense majorité des films, d’action ou non, c’est le personnage masculin qui met le scénario en branle et tient les rênes. Là, Max est certes le héros des films Mad Max qui portent son nom, mais c’est grâce aux six fugitives qu’il aura l’occasion de s’échapper. Max ne sauve personne, dans ce film, à part lui-même. C’est Furiosa qui le fait et ce dernier ne fait que se greffer à leur groupe afin d’avoir lui aussi l’occasion de se faire la belle.

Un film féministe ?

Qu’est-ce qu’un film féministe ? J’aurais tendance à penser qu’une œuvre féministe est une œuvre dénonçant clairement l’omniprésence des oppressions et des diktats de notre société blanche, validiste, hétéronormée, patriarcale (etc, etc…). Si Mad Max: Fury road est la preuve éclatante qu’il est possible de faire des films, même d’action, sans une foule de petits messages plus ou moins subtilement oppressifs disséminés un peu partout, est-il pour autant féministe ? Le fait que les autres personnages du film ne remettent pas en cause les compétences de Furiosa, la traitent comme leur égale et n’enjoignent pas le spectateur à la mépriser, comme c’est très souvent le cas dans ce genre de productions, en fait un film quasiment non-sexiste.

Mais s’il suffisait de sauver cinq dames en détresse des griffes d’un chef mégalo pour faire un film féministe, ça se saurait. La phrase « On ne possède pas les êtres humains » ayant poussé certain.e.s à crier au génie féministe ne remet finalement pas grand chose en cause à elle seule. D’autant que les personnages des dames en question, s’ils s’éloignent un chouïa du stéréotype de la potiche qui ne sait rien faire de ses dix doigts, auraient tout de même gagné à être travaillés. C’est autour d’elles que s’articule le film, pas autour de Furiosa (aussi badass soit-elle) et elles occupent pourtant un rôle très effacé, presque secondaire et resteront en petite tenue durant tout le film.

Non, ce n'est pas une pub pour Axe.
Non, ce n’est pas une pub pour Axe.

Mad Max: Fury road est un film haletant, splendide et extrêmement bien rythmé. Son univers est original et immersif. Il est aussi assez jouissif car il est très libérateur de voir un rôle de femme tel que celui de Furiosa. Mais féministe, je ne dirais pas cela. Allez tout de même le voir si vous le pouvez et si ce n’est pas déjà fait. Rares sont les tickets de cinéma valant autant les euros qu’ils coûtent.

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