La non-binarité, quoi qu'est-ce ?

Où est-ce qu’on veut en venir quand on parle non-binarité ?

Vous l’aurez peut-être remarqué, notre société est fondée sur un système binaire flagrant. Femme et homme. Blanc et noir. Les contraires vont par deux. Laid et beau. Lumière et obscurité. Même notre système informatique est basé sur la binarité 0/1. Toute la société repose sur divers systèmes binaires aux bornes fixes et immuables.

Les WC sont l'exemple même de la binarité du genre dans notre société.
Les WC sont l’exemple même de la binarité du genre dans notre société.

D’ailleurs, Sophie Labelle, l’auteurE de la BD Assignée Garçon, parle de ce soucis au Canada ici, également du problème de l’obligation faite aux personnes transgenres binaires d’utiliser les toilettes du genre qu’on leur a assigné à la naissance.

Les personnes non-binaires sont les nuances de l’arc-en-ciel de l’identité de genre, les interstices entre les bornes. Ce n’est pas seulement un spectre entre le genre femme et le genre homme. C’est ce spectre, mais aussi et surtout tout ce qu’il y a en dehors du spectre normatif.
Être non-binaire dans le genre, c’est être dans un nuancier illimité. La non-binarité est un parapluie d’identités diverses : agenre, neutrois, genderfluid, bigenre, entre autres. Ce qui est certain, c’est que nous ne sommes ni (uniquement) femme, ni (uniquement) homme. Parfois un peu l’un ou l’autre, ou les deux, ou pas du tout. Mais non pas enfermé-e-s dans des boîtes aux limites bien définies.

Crédit : _lila* https://www.facebook.com/lilabliblu
Crédit : _lila*
https://www.facebook.com/lilabliblu

Étymologiquement, les personnes non-binaires sont des personnes transgenres, transgenre signifiant que le genre de la personne ne correspond pas au genre assigné à la naissance. C’est en réalité une question de ressenti. On peut être non-binaire et avoir un cispassing béton qui nous évite les attaques transphobes directes et ne pas se sentir légitime à revendiquer l’étiquette transgenre, ou bien subir la transphobie de plein fouet parce qu’ayant entamé une transition physique impliquant et/ou un changement de garde-robe, des opérations physiques, un changement dans l’expression de genre. Il n’y a pas de règle établie ; et il est essentiel de comprendre que la dysphorie – mal-être entre le genre et le corps, corps porteur des marqueurs sociaux que la société lui attribue – n’est pas essentielle pour être légitime dans sa non-binarité. Certain-e-s ressentent le besoin de changer leur corps, d’autres non. Il y a autant de façons d’être non-binaire qu’il y a de personnes non-binaires.
Les termes admis par consensus pour parler des personnes non-binaires, donc potentiellement victimes de transphobie, sont trans* et queer. Ils sont nécessaires afin qu’il n’y ait méconnaissance ni de la violence que subissent les personnes transgenres binaires, ni de leurs luttes, ni de celles des personnes non-binaires. Quand au terme trans*, il est une revendication d’identité transgenre, là où le terme queer revendique une identité de genre hors des normes, sans pour autant s’assimiler à la transidentité. Ils apportent une visibilité nécessaire tant sur le plan identitaire que sur celui de la lutte militante.

Il y a une négation vive et une invisibilisation des personnes non-binaires dans notre société. Le non-binarisme est le hors-cadre du genre. Tant les personnes cisgenres que parfois les personnes transgenres binaires nous accusent de vouloir nous rendre intéressant-e-s, d’éparpiller les luttes, d’inventer nos ressentis (sérieusement, c’est tellement fun de se créer des oppressions…). La violence de la malgenration constante, du refus de l’emploi de pronom choisi par la personne, du refus des équipes médicales de prendre en compte une identité qu’iels ne connaissent pas… La violence subie par les non-binaires est multiple, et à des aspects propres à notre identité. Nous n’existons pas. Nos corps, que certain-e-s d’entre nous souhaitent dégenrer, sont constamment rappelés à leurs attributions sociales. Une apparence neutre et la reconnaissance de celle-ci nous sont refusées. Refuser l’existence de notre identité, c’est refuser notre existence : comme à chaque fois qu’une oppression est subie, il est difficile d’être sans devoir militer pour la reconnaissance de ses droits.

Crédit Sophie Labelle - Assignée Garçon http://assigneegarcon.tumblr.com
Crédit Sophie Labelle – Assignée Garçon
http://assigneegarcon.tumblr.com
écrit par
More from Ellie

La non-binarité, quoi qu'est-ce ?

Où est-ce qu’on veut en venir quand on parle non-binarité ? Vous...
Lire plus