Non, tu ne fais pas ta grosse.

Si ça m'emmerde d'être une des rares personnages de Disney qui soit grosse ? Et que mon rôle de "méchante diabolique" reflète les clichés et pressions exercées sur les gros par la société ? Toi, tu le vivrai comment ? www.feministdisney.tumblr.com
Si ça m’emmerde d’être une des rares personnages de Disney qui soit grosse ? Et que mon rôle de « méchante diabolique » reflète les clichés et pressions exercées sur les gros par la société ?
Toi, tu le vivrai comment ?
www.feministdisney.tumblr.com

Fin de soirée avec des copines. Ce soir c’était repas crêpes à la maison. On a bien mangé, bien bu, bien rigolé. Enfin… Moi c’est l’idée que j’ai en tête. Une de mes amies préfère résumer par « on a fait nos grosses ».
Ah bon ?

Pourquoi ? Comment ça ?

Qu’est-ce que ça veut dire « faire son/sa gros.se ? » Est-ce que manger beaucoup, manger gras, manger sucré, c’est juste « un truc de gros » ?

Peut-être avez-vous déjà utilisé cette expression, peut-être l’utilisez vous régulièrement. Vous n’avez sûrement jamais réalisé à quelle point elle était blessante et stigmatisante. Elle est le pur reflet de l’image que nous avons des « gros.ses » et de la grossophobie ambiante. Le but de cette explication est de vous faire comprendre, à terme, en quoi consiste la grossophobie quotidienne, et pourquoi il faut y faire attention. Si déjà ce soir vous avez compris pourquoi il ne faut plus utiliser cette expression, on aura fait un grand pas en avant ! Et si ça vous donne l’envie de continuer à travailler pour changer votre vision de la grosseur, alors c’est encore mieux.

Alors, pourquoi est-ce problématique ?

Parce que ça induit, encore et toujours, que si on est gros.se c’est qu’on a trop mangé ou mal mangé. On passe à la trappe toutes les autres raisons, que ce soit les troubles du comportement alimentaire, les problèmes de santé (liés à la thyroïde, par exemple), les potentiels traitements (typiquement, la pilule), la génétique, et… le fait que oui, certaines personnes n’y voient aucun inconvénient.

Du coup, on reste basé.e sur l’idée qu’au fond nous sommes responsables de notre poids, de notre apparence et que nous ne pouvons nous en prendre qu’à nous-mêmes. Et surtout, qu’il suffirait de mieux gérer notre alimentation pour retrouver un corps normé (vous savez, le bon vieil adage « Quand on veut on peut ! »).
Comme si les gros.ses, les obèses, les rond.es (bref, au delà de la taille 42), ne mangeaient que des trucs gras et du MacDo à longueur de journée. Comme s’ielles le faisaient exprès. Comme si c’était juste des gens qui se négligent et qui méritent leurs bourrelets.

C’est aussi complètement faux, parce qu’en réalité une grande partie des personnes en surpoids ont, au contraire, de très bonnes connaissances en ce qui concerne la nutrition (pression de la société oblige). Il y en a même qui sont végétarien.nes, végétalien.nes (non pas que ce soit nécessairement diététique, allez faire un tour sur le groupe facebook « What Fat Vegans Eat », qui est vraiment super) ou d’autres passionné.es par le ‘manger équilibré’… Et oui, car ça n’a rien à voir ! En vérité surpoids n’est pas synonyme de déséquilibre alimentaire et mauvaise santé. Et vice versa.

C’est problématique parce que ça équivaut à mettre une barrière entre « moi mince » et « toi gros ». Alors que non, il n’y a pas de barrière. Au-delà du fait que ce n’est pas forcément immuable, il n’y a pas de limite claire entre le comportement d’une personne grosse et d’une personne mince (par exemple, allez voir le tumblr « Fat People Doing Sport »).
En fait, il n’y a pas de raison de dire « manger comme une grosse », car non seulement il n’y a pas de dualité (en fait, vous êtes juste en train de manger, hein, rien d’extraordinaire), mais en plus il n’y a pas d’uniformité chez les personnes en surpoids (« un gros » n’a pas plus de sens que « la femme » si vous voyez ce que je veux dire). Comme j’ai déjà pu en parler plus haut, chaque personne a une alimentation différente, il n’y a donc pas de modèle type pour « les gros.ses ».

J’ai entendu cette expression surtout utilisée par des femmes. Pourquoi ? Pas parce qu’elles sont méchantes non. Mais parce que la grossophobie leur est inculquée par le patriarcat. Une femme qui mange, ça peut être encore très tabou. Surtout lorsqu’on mange des aliments gras, sucrés, ou en grande quantité (enfin vous savez, tout ce qui est proscrit par « mangez bougez »…), en public particulièrement.

Seulement voilà, malheureusement, on aime aussi les hamburgers  et les plats en sauce. Sauf qu’on est censées faire attention à notre ligne, alors du coup : CULPABILITÉ. Alors on se sent obligées de se justifier, d’appuyer le caractère exceptionnel et occasionnel de cet “écart” à notre régime quotidien, de tourner en dérision ces calories en précisant qu’on fait “comme les grosses” mais qu’on n’est pas l’une d’entre elles, grands dieux non. Pour se dédouaner, en quelque sorte.

Il s’agirait d’assumer quand vous mangez une pizza ou que vous vous enfilez un paquet de M&Ms : vous avez le droit. Ce n’est pas grave. Je sais que ce n’est pas facile, en fait je comprends tout à fait la culpabilité. Si vous n’arrivez pas à assumer, ce n’est pas grave non plus, mais ne rejetez pas la faute sur les grosses. Dites « je fais un écart » ou « c’est exceptionnel » si vous voulez, mais arrêtez de tenir des propos grossophobes.
Je vous en remercie d’avance.

Liens :
10 idées reçues sur les gros
What Fat Vegans Eat
Fat People Doing Sport

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