Note de service à l'attention des hommes cis hétéros

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Mea culpa : On me signale que j’ai honteusement compris l’inverse de ce que l’auteur avait voulu dire en parlant de « ce que les hommes gagnent, les femmes le perdent et inversement », j’ai donc supprimé le passage relatif à ces propos-là.

Hier, un mec a encore frappé en jugeant bon d’écrire (dans Causette, ben tiens !) un article un truc sur comment nous devrions proposer une « vision alternative du désir » où les femmes seraient « d’autant plus désirables qu’elles seraient féministes »… C’est-à-dire, en gros, faire que les hommes désirent non plus les femmes soumises mais les femmes libres, afin de rallier « le plus d’hommes possible » à notre cause, ce qui serait, selon lui, essentiel à l’aboutissement de nos luttes contre le sexisme car cela mettrait en évidence le fait que le féminisme n’est pas « contre les hommes ».

Le fait de respecter le consentement d’autrui n’est pas « sexy », c’est la moindre des choses. Nous nous fichons que notre liberté fasse bander puisque cette même liberté consiste à nous moquer comme d’une guigne de ce qui se passe dans votre pantalon. Dire, comme certains le font parfois, « je trouve sexy que tu te fiches de mon avis », c’est quand même faire preuve d’un culot et d’un irrespect monstre. Pourquoi les hommes n’arrivent-ils pas à fermer votre grande gueule quand on leur signifie explicitement que leur avis n’est pas requis ? Je vous enjoins également à vous demander sérieusement pourquoi vous pensez que les hommes ont besoin de rendre les femmes libres désirables pour respecter leur liberté. Ne vous en déplaise, les femmes seront libres autant qu’elles le pourront, que les autres trouvent cela « désirable » ou non, et je ne crois vraiment pas que changer les féministes en avatar sexy de la « liberté » arrange les choses. Cet avatar existe déjà, plusieurs hommes m’ont dit qu’ils trouvaient sexy que je me fiche de leur avis et c’est tout bonnement humiliant et infantilisant. Et que dire des femmes qui n’arrivent pas à se sentir libre ? Qui ne veulent ou n’osent pas se déclarer féministes ? Préconisez-vous de les enfoncer un peu plus en déclarant qu’elles ne sont « pas désirables » ?

Il n’y a qu’à voir, aussi, le nombre de « femmes fortes » affublées de mini shorts et de talons aiguilles dans les films et les séries… Malgré la répulsion causée par le mot « féminisme », le fantasme de la femme « libre et sexy » existe bel et bien. Je ne crois pas que l’on puisse obtenir autre chose en formulant les mots « femme » et « désirabilité » face à la majorité des hommes hétéro… J’en ai ras la fouf’, de ces hommes qui trouvent « sexy » qu’une femme soit scientifique, conduise une moto, utilise des mots de plus de trois syllabes ou sache manier une arme. Il ne s’agit là que d’une autre manière de nous remettre à notre place d’objet « sexy ». Tu es une femme capable, oui, mais je trouve cela sexy, et je te le fais savoir afin de te rappeler que tu restes pour moi un objet qui me fait bander. J’irai même plus loin, est-il nécessaire de parler de désirabilité des femmes libres ? S’il faut obligatoirement devenir un objet désirable pour montrer que nous ne sommes pas « contre les hommes », alors je déclare solennellement que je suis contre et je vous emmerde. Hommes cis hétéros, laissez-nous être pour nous-mêmes et non plus pour votre bite. Ce qui m’amène au véritable objet de cet article…

Puisqu’il vous semble important de pouvoir agir, je m’adresse aujourd’hui aux hommes cis hétéros afin de leur donner des pistes sur la manière dont ils peuvent se positionner au sein du féminisme. Je sais que ce n’est pas toujours simple d’être une petite patate un homme cis hétéro féministe. Que faire quand on est un homme cis het plein de bonne volonté et qu’on ne sait pas comment agir ou interagir avec les autres conformément à ses convictions ? Bon, déjà, on écrit pas des merdes comme celles publiées sur Causette…

1 – Arrêter de prendre ses désirs pour le centre du monde

Ou même pour des trucs méritant que les féministes s’y attardent ne serait-ce que deux secondes. Les désirs et les fantasmes des hommes hétéro, on en mange à la pelle partout, tout le temps, quel que soit le magazine que l’on ouvre ou la chaîne télé que l’on regarde. C’est un premier pas que de prendre conscience de cela, du fait qu’une très grande part des techniques de com repose sur le fait de vendre des fantasmes et du sexy à vous, hommes hétéros ou bien d’imposer des modèles inatteignables à nous, les femmes.

Ensuite, il convient de prendre également conscience de la pression que cela exerce sur nous. L’injonction à être bandante, sexy, ça nous bouffe, ça nous donne de douloureux complexes que les gens s’empressent toujours de moquer, ça nous oblige à modifier notre corps car nous avons grandi avec l’idée qu’il est fondamentalement laid, ça nous pousse parfois à nous habiller en jupe en décembre alors que ces mêmes hommes cis hétéro nous traiteront ensuite de pute dans la rue. Vous pouvez donc commencer par arrêter de moquer ou dénigrer les femmes qui disent avoir des complexes et arrêter également de balayer cela d’un revers de main en arguant que « Moi, je te trouve sexy », comme si ta sainte trique de cis hétéro allait magiquement faire disparaître des années de conditionnement et de souffrance.

Commencez par cesser d’user de cet avantage vous conférant la possibilité de ranger chaque femme que vous voyez dans la case « bandante » ou « pas bandante », un avantage que l’auteur de l’article se propose d’étendre jusqu’aux femmes qui arrivent à s’en libérer, puisqu’il ne faudrait pas qu’une partie d’entre elles échappe au Jugement de l’Homme Hétéro, n’est-ce pas ? Et peu importe que vos désirs ne soient pas ceux que la société attend d’un homme hétéro. Que vous aimiez les femmes grosses ne fait pas de ces dernières des objets sur lesquels vous pouvez faire peser vos fantasmes comme la société le fait pour les autres (et, sans vouloir faire de thin tears, cela ne vous autorise pas non plus à traiter les femmes minces ou très minces de sacs d’os). L’enjeu des luttes contre les standards de beauté n’est pas de dire que « toutes les femmes sont bandantes ». Il est de comprendre que les femmes ne sont pas là pour être bandantes et que vos désirs et vos fantasmes sexuels d’hommes hétéros sont des choses de peu d’importance à moins que vous les partagiez avec une femme, ce qui relève alors de la sphère intime.

Lorsque vous voyez une photo de jolie femme, arrêtez de vous sentir obligé de lui décrire l’état du contenu de votre caleçon, c’est humiliant et déshumanisant. Ce qui m’amène à dire que non, si nous nous habillons sexy, ce n’est pas forcément pour vous plaire. Nous pouvons parfaitement accepter et aimer nos corps sans que vous donniez votre avis d’homme cis het là-dessus, c’est même largement plus facile ainsi.

2 – Croire et compatir (petit TW, je parle là de vécu traumatique)

 

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Voilà deux réactions que peu de gens accordent aux victimes d’abus. Quand bien même vous ne seriez pas en mesure de réellement comprendre ce que la victime a vécu, vous pouvez tout de même vous abstenir de juger la manière dont celle-ci a fait face à la situation ainsi que la façon dont elle entend se reconstruire. Ne pas essayer de la forcer à porter plainte, ne pas la culpabiliser en lui disant que si elle ne le fait pas, son abuseur s’en prendra à quelqu’un d’autre, ne pas lui dire qu’elle « n’avait qu’à dire non » ou qu’elle devrait « voir un psy ».

Beaucoup de gens se sentent désemparés lorsque quelqu’un leur raconte un épisode traumatisant de leur vie. La tentation est grande de proposer une solution afin d’aller dans ce que vous jugez être le bon sens c’est-à-dire, souvent, essayer de mettre l’agresseur derrière les barreaux ou de « tourner la page ». Mais si la personne ne vous demande pas de conseils, abstenez-vous d’en fournir et contentez-vous de lui montrer que vous la croyez, que vous compatissez et que vous êtes de son côté. C’est déjà beaucoup pour une victime à qui on a souvent jamais accordé cela.

J’ajouterais que, dans le cas où l’abus prendrait la forme d’une relation amoureuse, il n’est pas approprié de tomber dans cette vision réductrice mais souvent prégnante de la relation abusive, dans laquelle la victime n’est qu’une pauvre petite chose incapable de jugement et d’initiative. Vous ne savez pas en détail ce que la victime a vécu, il est donc insultant pour elle de supposer qu’elle n’a jamais essayé de s’opposer à son abuseur et qu’elle a accepté sans protester toutes les horreurs qu’il a pu tenter de lui faire subir.

3 – Intervenir lorsque vous le pouvez

Il ne s’agit pas uniquement d’empêcher quelqu’un d’autre de commettre une agression physique ou d’intervenir en cas d’agression verbale. Si vous souhaitez vraiment agir, faites sentir aux autres hommes cis hétéros qu’ils ne trouveront pas ou plus en vous le bon copain avec qui commenter le physique des femmes en riant grassement. Informez-les que vous n’adhérez pas à leurs conneries sur la friendzone ou à leurs tactiques pour soutirer du sexe aux femmes. N’hésitez d’ailleurs pas à prévenir les femmes en question qu’elles ont affaire à un connard voire à un prédateur sexuel, sans pour autant tomber dans un discours paternaliste ou culpabilisant.

4 – Ne pas essayer à tout prix d’ouvrir le dialogue

Vous devez accepter que votre avis sur un sujet que vous ne maîtrisez pas ou une situation que vous n’avez jamais vécue puisse être inapproprié et agir en conséquence en vous abstenant de le donner. Vous devez accepter que telle féministe ne souhaite pas converser avec vous car elle n’en a pas envie. Comme tout un chacun, nous ne sommes pas forcées de fournir des explications à quiconque en réclame et internet est une chose merveilleuse qui regorge d’articles décortiquant en long, en large et en travers les mécanismes d’oppression. Si vraiment vous souhaitez vous informer, vous pouvez les lire, mais iriez-vous exiger IRL des explications à une personne qui ne souhaite pas converser avec vous ou qui n’en a pas le temps ?

Pour la plupart d’entre nous, nous écrivons des textes et émettons des réflexions sur ce que nous vivons et nous le faisons sur notre temps libre. Nous n’avons pas le loisir de discuter toute la journée avec des gens qui, sans même nous avoir lues et comprises, nient souvent notre vécu et l’existence même des oppressions alors que des tas de travaux, d’études, de statistiques et de témoignages en attestent.

Si vous étiez, mettons, chercheur en mathématique, supporteriez-vous que des gens viennent vous gueuler en permanence dans les oreilles, parfois en vous insultant, que les mathématiques ne servent à rien puisque tout le monde sait que deux et deux font cinq ? Ce que nous attendons de vous, c’est que vous essayiez de comprendre par vous mêmes et cessiez d’exiger que l’on vous explique. Parfois, vous ne comprendrez pas ou pas complètement, mais ce n’est pas dramatique puisque personne ne vous demande de militer à notre place.

Voici ce que j’attendrais de la part des hommes cis hétéro se revendiquant féministes. Ce n’est évidemment pas le reflet de ce que toute femme féministe attend de vous, certaines vous demanderont tout simplement de la fermer. N’insistez pas et n’allez pas les emmerder, c’est aussi simple que cela.

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