Parler aux opprimé-es 101 : Je suis asexuel-le, je ne suis pas malade !

Les asexuel-les, demisexuel-les et grey-asexuel-les sont une minorité invisible, et pour cause, nous sommes peu nombreux-ses. Selon une étude datant de 2004, nous représenterions 1% de la population mondiale. Nous ne pesons pas, dans le milieu des stats. Par contre, en pâtisserie, on pèse, et pas qu’un peu, en humour aussi, et en joie de vivre, on explose le plafond. Nous les aces, sommes des gens cools. Enfin, dans une proportion équivalente aux sexuel-les quoi. Nous ne sommes pas prudes, nous ne sommes pas coincé-es, nous ne sommes pas relou-es, nous ne sommes juste pas intéressé-es par le sexe.

 

ace-cake1
Sexe ? Trop courant. Le gâteau c’est meilleur.

 

C’est pas dramatique en soi. Certaines personnes adorent baiser en couple, moi j’adore cuisiner, regarder Full Metal Alchemist, me promener au parc en regardant les oiseaux et aller au ciné en couple. C’est déroutant je comprends bien, moi aussi les sexuel-les me déroutent, mais oui, c’est possible, ça existe, les gen-tes comme moi existent. Iels sont invisibilisé-es, nié-es, ignoré-es ou remis-es en cause, mais iels existent. Et même si on les traite de prude, iels ont des sentiments. Merci donc de prendre en compte ceci quand vous vous adresserez à elleux :

I – Ce qu’il ne faut SURTOUT pas faire :

– Supposer que les gens sont sexuels : nous représentons 1% de la population, mais les stats sont plutôt erronées, elles ne prennent pas en compte tou-tes les aces (personnes sur le spectre de l’asexualité, donc aussi les greys et demi) et encore moins les gens qui ne savent pas encore qu’iels sont ace. Vous pouvez donc potentiellement dans votre entourage avoir une personne ace ouvertement, ou une personne qui ressent un décalage par rapport au sexe et qui ne s’est pas identifiée ace. Merci donc d’éviter vos blagues grasses, sous-entendus et autres joyeusetés. Je compte plus le nombre de fois où, arrivée à la bourre avec mon/ma conjoint-e, on m’a notifié que j’étais probablement en train de coïter. C’est d’une violence …

– Nier notre orientation : l’asexualité est une orientation sexuelle. Les hétéros sont attirés par les personnes de genre opposé, les homos par les personnes du même genre, les bis par 2 ou plusieurs genres, les pans par tous les genres et les aces par … personne ! Il y a des gradations bien sûr entre demi, grey-a et ace, mais globalement c’est là la base de notre identité. Nous les aces sommes des gens qui ne ressentons pas d’attirance sexuelle. Ça ne nous empêche pas de tomber amoureux, d’avoir une libido ou même des rapports sexuels. Ça induit juste que ce besoin que vous avez vous quand vous trouvez quelqu’un très attirant de coucher avec, nous on l’a pas. Quand quelqu’un m’attire j’ai envie de lui cuisiner des trucs. Et ceci n’est pas un choix, cela fait partie de nous.

 

L'asexualité n'est pas : imaginaire, un choix, un dysfonctionnement, tenter d'être "spécial-e", du célibat, un manque de libido.
L’asexualité n’est pas : imaginaire, un choix, un dysfonctionnement, tenter d’être « spécial-e », du célibat, un manque de libido.

 

– Essayer de nous comprendre (mention spéciale aux hétéros) : c’est d’un paternalisme et d’un ridicule … Imaginez cette scène : « Mais attends, tu as envie d’avoir des rapports sexuels avec des personnes du genre opposé ? Mais pourquoi ? Comment ? Pardonne-moi mais j’essaie de comprendre. » « Mais tout le temps ? Genre jamais ça t’arrive de juste pas avoir envie ? Non mais c’est bizarre quand même. J’essaie juste de comprendre. » Ça vous paraît ridicule qu’on essaie de comprendre l’hétérosexualité ? Vous n’imaginez pas à quel point on a envie de vous éclater de rire au nez quand vous nous faites le coup. Comprendre quoi ? Notre attirance ? Il n’y a rien à comprendre, on peut pas comprendre plus pourquoi je suis asexuelle que pourquoi j’aime le bleu et le vent dans mes cheveux.

– Nous diagnostiquer : un des réflexes les plus fréquents est souvent de supposer que nous sommes malades, que nous avons subi une sorte de traumatisme. Quand la personne ace est afab (acronyme anglo-saxon signifiant : « assignée femme à la naissance ») : supposer qu’ielle a été violé-e, quand elle est amab (acronyme anglo-saxon signifiant : « assignée homme à la naissance ») : supposer que ça vient d’une dissonance dans la relation avec la mère. En vérité, plein d’hétéros ont subi des traumatismes, et personne ne se demande jamais si les hétéros le sont par traumatisme … Oui, c’est vrai, parmi nous, certain-es se traînent un PTSD (syndrome post traumatique), moi comprise. Mais quand bien même mon asexualité en découlerait, j’ai fait le choix d’être en paix avec ce que je ressens, et en ça, je sais que je suis bien asexuelle. Je n’ai pas envie de « guérir », je ne suis pas malade. Je suis ace, fière et heureuse.

– Nous culpabiliser : il existe deux formes de culpabilisation : insidieuse et frontale. La frontale consiste à mettre sur notre dos le possible malêtre et les conséquences qui en découlent (infidélité, dépression etc.) de notre partenaire. L’insidieuse c’est le fait de nous demander sans cesse « comment le vit ton-a partenaire ? ». Bon déjà, faut savoir que le-a partenaire est possiblement ace aussi en fait … Du coup vous êtes possiblement encore en train de supposer quelqu’un-e sexuel-le. Mais au delà de ça, si le-a partenaire est sexuel-le, c’est souvent un sujet difficile pour les couples mixtes, et surtout pour la personne ace. Qu’iels le veuillent ou non, les personnes sexuelles nous culpabilisent souvent de ne pas pouvoir répondre à leur désir, et même si elles ne nous culpabilisent pas, on s’en charge très bien nous même. La société hétérocisnormée ne nous aide pas à avoir notre droit à la différence et nous invisibilise totalement, par conséquent il est parfois très dur pour nous d’assumer notre orientation, inutile d’en rajouter.

– Nous nier : quand je parle de mon asexualité à un groupe de personnes, la dénégation est quasi systématique. Certain-es sexuel-les n’arrivent tellement plus à envisager que la vie sans sexe existe qu’ils partent du principe que tout le monde le pratique, tout le monde adore ça, toute le monde en a envie. Bah c’est faux. Oui j’ai une libido, elle passe très bien avec un morceau de Ben Harper. Ou avec une pêche bien mûre. Oui des fois je baise, c’est vrai. Une fois tous les … Et je m’arrête parfois en plein milieu parce que je trouve ça futile. Alors très sincèrement, je pense pas que c’est ce que vous avez en tête en parlant de « vie sexuelle », merci donc de reconnaître notre existence.

 

tumblr_n58931efZ21tbn7gho1_1280
Les phrases qu’on ne veut plus jamais entendre : « Tu finiras par trouver quelqu’un, tu ne devrais pas abandonner ! Tu n’es pas moche, tu ne sais juste pas ce que tu veux. » Être ace ne veut pas dire être célibataire. Et quand bien même tout le monde ne veut pas quelqu’un-e.

– Vous sentir menacé-es : nous ne sommes pas prudes, ni coincé-es. Pas plus que certain-es sexuel-les. Nous ne pensons pas que nous valons mieux que vous parce que le sexe ne nous intéresse pas. Nous ne pensons pas que vous êtes des bêtes ou des obsédé-es, nous ne jugeons pas vos pratiques, nous ne les déconsidérons pas. À vrai dire, certain-es aces ont peut-être les mêmes pratiques que vous, vu que certain-es aces ont des rapports sexuels. Il est inutile par conséquent, quand des aces parlent entre elleux de relations sans sexe ou sans PIV (pénétration vaginale) de vous sentir menacé-e et de venir nous dire à quel point la péné c’est le top : non seulement on s’en carre, mais en plus on est vaguement au courant : la télé, les médias, nos potes, notre voisine et notre thérapeute nous ont déjà fait le topo.

– Nous exposer à la sexualité : idéalement, vous ne devriez exposer personne à la sexualité sans vous être assuré-e au préalable que la personne est ok avec ceci. Mais être d’autant plus vigilant avec les personnes aces c’est important. Du fait de notre vécu d’ace, nous avons potentiellement développé une intolérance à l’hypersexualisation : celle-ci nous rappelle en boucle que nous ne sommes pas « normale-aux » pour la société cishétéronormée et que nous devrions absolument vouloir du sexe, par conséquent, nous exposer à votre vie sexuelle peut éventuellement représenter une gêne plus importante pour nous …

– Nous présenter des « gens comme nous » : Il existe autant d’aces que de nuances sur le spectre : asexuel-le, demi-sexuel-le, grey-a, hyposexualité … Nous n’aurons pas tous le même ressenti, pas la même vision de l’asexualité et pas forcément des choses à nous dire. De même, les personnes abstinent-es ne sont pas nécessairement asexuel-les, c’est une mécompréhension de ce que nous sommes :  une orientation et non pas un choix.

– Nous mettre en porte à faux : « T’es pas ace, t’es bi/pan etc. » Alors effectivement, je suis pan. PanROMANTIQUE. On peut être ace et pan, oui. On peut être asexuelle et ressentir des attirances amoureuses. « T’es pas ace, on a couché ensemble à ta demande » : oui ça arrive, certain-es aces prennent l’initiative d’avoir des rapports. Ya rien de choquant. On peut ne pas être cinéphile et mater un film de temps en temps ! Nous piéger ainsi et remettre en doute notre parole, c’est puant. Vous ne savez pas mieux que nous ce que nous sommes.

– Nous invisibiliser : non, tout le monde n’est pas « un peu asexuel-le dans le fond », c’est une chose de ne pas avoir envie de sexe à certaines périodes de sa vie, c’en est une autre de s’être quasiment toujours senti-e en décalage avec le sexe et ce qu’il représente. C’est totalement différent d’être mal à l’aise quand nos ami-es parlent de « besoin de sexe » alors que « nous ? non ça va. » Une orientation, c’est là à vie.

– Nous invisibiliser mention « Allié-e en carton » : On est déjà assez invisible. Merci de ne pas en rajouter une couche : le A est pour Asexuel-le. Dumbass.

II – Ce que vous pouvez faire, toujours sans garantie de réussite :

– Apporter votre soutien : mais pas de manière paternaliste et condescendante genre « waow t’es trop courageuse-x d’être toi ». Vous pouvez noter qu’avec les injonctions à la sexualité, ça doit être dur parfois, ce genre de choses.

– Être une oreille attentive : les personnes aces ne sont pas super visibles, par conséquent quand elles font leur coming out, elles se bouffent souvent un océan de questions et de commentaires contradictoires. C’est énervant. Écoutez-nous, nous vous dirons ce que nous voulons que vous sachiez.

– Exprimer votre ressenti : mais uniquement quand vous aussi avait le sentiment d’avoir toujours vécu un décalage, d’avoir été différent-e concernant le sexe. Vous découvrirez peut être que vous êtes concerné-es aussi !

– Mention spéciale conjoint-e : double checker le consentement, savoir s’arrêter quand vous sentez que la personne ace se force pour vous, expliquer régulièrement que vous vous débrouillez très bien dans cette relation, ne pas culpabiliser, ne pas reporter votre frustration sur l’autre, être attentif-ve au comportement de l’autre.

 

8c02c3d9a96cef0d3fc2f4793a8b98b3
Les pirates asexuel-les ne sont pas intéressés par vos booty ! (jeu de mot car booty = fesses en anglais mais aussi récompense, trésor, prime).

 

Et puis vous pouvez aussi lire la série d’article que nous vous proposons sur le sujet : Qu’est-ce que l’asexualité ? ; Visibilité ; Découverte ; Vie d’ace ; Coming out.

écrit par
More from KarlS

Le sexisme bien de chez nous

Quand j’étais petite, je n’étais pas grande et j’avais un amoureux. J’avais...
Lire plus