Renaissance

Le désir d’écrire. Une longue attente s’est installée en moi. Elle éclôt à nouveau aujourd’hui avec la création de l’Echo des Sorcières. Elle est née il y a très longtemps, peut-être dès que j’ai su lire. Quand on me demandait ce que je voulais faire, je répondais écrivainE. Comme on ne m’a pas laissé croire en paix à cette vie de mots rêveurs, le principe de réalité a fait son chemin et m’a fait dire écrivainE ET journaliste. J’avais 15 ans. J’écrivais des lettres enflammées à mes amies, je vomissais mon mal-être, mon surpoids, mes rires nerveux, mon intelligence inégale, ma culture opaque, mes maladresses, ma « social awkwardness ».
J’ai grandi et je n’ai plus voulu être journaliste, j’ai offert à une amie un t-shirt où on pouvait lire « reality ? It’s not for me ».
J’avais 20 ans, je ne croyais en rien, j’étais nihiliste sans le savoir. J’écrivais sur mes épiphanies le matin à 5h30 à pied sur le pont au dessus de la rocade, sur l’amour impossible et le désir insupportable que je vouais à ce garçon. J’écrivais aussi des textos pornos à la chaîne sur un réseau informatique pour gagner un smic. Jusqu’à ce qu’un soir d’octobre je subisse une tentative de viol. Et là encore j’ai écrit. J’ai écrit avec un humour grinçant, douloureux et j’ai cliqué sur publier et le texte était sur mon blog. Certains m’ont félicité de cet humour. Admiratifs de la façon dont j’encaissais. Je n’ai jamais compris en quoi le fonctionnement si optimal de ce mécanisme de défense les avait éblouis au lieu de les inquiéter.

J’ai perdu des ami-es qui ne savaient pas quoi faire de moi ni de cette souffrance, qui suintait partout et débordait même sur internet (tragi-comique étalage de vie privée en 2006).

J’ai pris mes distances, ma souffrance existait, elle avait raison d’être, j’ai pris place auprès d’un groupe de poètes, écrivains. J’ai écrit la jeune femme que je voulais devenir, la sexualité, le corps que je voulais m’approprier. Ils n’ont pas compris, ils ont vu une fille boulotte qui buvait trop, « oubliait » de payer ses verres de vin, se jetait sur les garçons sans vergogne, écrivait deux/trois poèmes pas trop mauvais de temps en temps mais surtout ne correspondait pas à l’idée qu’ils se faisaient d’une amie poétesse. Ils ont su me le dire. Cuisante humiliation, l’impression de ne jamais pouvoir être acceptée dans mes mots, dans ma chair. Ne pas avoir le droit à être recouverte de mots comme autant de pansements, ne pas pouvoir être dite même par ceux qui auraient pu me dire.

CC image Jenni Douglas
CC image Jenni Douglas


Mais j’ai eu de la chance : je suis tombée amoureuse.
Et j’ai été aimée en retour.

J’ai cru ainsi que j’avais perdu l’usage de ma parole parce que je n’en avais plus besoin.

Mais lorsque l’Echo des Sorcières est né, j’ai eu tout de suite envie de reprendre mon vieux pseudonyme et de renouer le fil rouge étiolé depuis 6 ans.
Est venue alors la honte, la honte de mes errances et du rejet que j’ai subi.
Aujourd’hui pourtant j’écris parce que quelque chose a changé. Parce qu’une voix, puis une autre, puis une autre encore, puis tant d’autres m’ont soufflé ces mots :
 » Tu as le droit de te sentir toujours aussi bizarre et en décalage avec le reste de l’humanité
Tu as le droit de ne te sentir jamais adulte et d’être mère
Tu as le droit de travailler pour une institution que tu récuses dans un système que tu exècres et de croire quand même en ta mission
Tu as le droit d’aimer qui tu veux
Tu as le droit d’être une poétesse torturée et d’ (de ne jamais) écrire

Tu es une femme, tu es une féministe,

Tu es une sorcière… Tu as tous les droits« 

écrit par
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