[So Queer !] Partie 1/ Kézako ?

Je sais que pour beaucoup, le queerisme est un espèce de gouffre inconnu, un truc qu’on voit par ci par là, sans jamais vraiment comprendre en quoi ça consiste.
Je vais donc essayer de vous expliquer ce que c’est, et ce que ce n’est pas.

1/ Origines

Au départ, le mot « queer » en anglais est une insulte, qui signifie « bizarre, marginal, différent ». C’est une insulte particulièrement utilisée envers les hommes homosexuels, les hommes effeminés, mais aussi les lesbiennes et les personnes trans. Par extension, ce mot a aussi pu être employé pour dénigrer des pratiques sexuelles moins habituelles, par exemple le BDSM.

[Parenthèse : vous connaissez peut-être la série « Queer as folk » sur le milieu gay de Manchester. Le titre vient de l’expression « there’s nowt so queer as folk », qui signifie « il n’y a rien d’aussi étrange que les gens »] Ce terme a été réapproprié par les concernéEs à la fin des années 80, pour en faire non plus une insulte, mais une revendication politique. Cependant, les origines sont assez multiples et proviennent de plusieurs éléments qui ont divisé le mouvement LGBT ainsi que le mouvement féministe, notamment l’homophobie de la 2ème vague féministe, les désaccords sur la question du travail du sexe (et de manière plus générale, sur tout ce qui touche à l’empowerment par le sexe), mais aussi une critique du consumérisme gay, du « LGBT » comme marque déposée qui s’inscrit dans le capitalisme ambiant, la suprématie des hommes gays, blancs, cis et de classe plutôt élevée (à qui il était reproché d’être déconnectés des luttes).

C’est un terme plus large que LGBT, puisqu’on peut y inclure toutes les personnes non-cisgenres et non-hétéros qui ne se reconnaissent pas forcément dans les 4 lettres.
Logiquement, queer est un terme revendicatif et politique, qui se veut volontairement militant. Rien à voir donc avec cette espèce de théorie élitiste enseignée en France à l’université. « Queer », c’est le terrain avant tout.

Photo by Michael Holden, Seattle
Photo by Michael Holden, Seattle

2/ Politique

Politiquement parlant, on peut se revendiquer du « féminisme queer ». Qu’est ce que ça veut dire ? Tout d’abord, ça signifie adhérer à la théorie queer, qui dit que le sexe, le genre et l’orientation (sexuelle ou romantique) sont trois choses différentes et pas forcément liées.

Pour moi, il y a aussi une notion d’acceptation au niveau des pratiques sexuelles. C’est-à-dire être en accord avec le mouvement « sex positive ». Attention. Ca ne veut pas dire que vous devez kiffez le sexe, penser que c’est toujours génial et le pratiquer à haute dose. Non non. Ca veut dire que TOUTE pratique sexuelle, tout sexualité est acceptable, à partir du moment où elle est dans les limites du consentement mutuel et éclairé (en opposition au consentement uniquement de façade, provoqué par les relations de pouvoir – patronat, âge, mariage hétéro), sans culpabilité aucune. Et de même, l’asexualité doit être reconnue et prise au sérieux comme orientation, car faire du sexe n’est pas obligatoire non plus. Pas de frigides, pas de salopes.

Queer politiquement, ça veut aussi dire questionner le genre, les stéréotypes qu’on y attache, questionner la norme hétéro et cisgenre, ainsi que reconnaître l’existence de la non-binarité et son importance.

3/Orientation

C’est assez simple : notre orientation est queer a partir du moment où elle n’est pas hétéro.
Faites attention a ne pas mélanger orientation romantique et orientation sexuelle, ça ne concorde pas toujours. Pour donner un exemple, on peut très bien être bisexuel mais homoromantique, ou asexuel et biromantique.

En deux-trois mots, l’attirance sexuelle concerne le sexe, l’attirance romantique concerne plutôt les sentiments.

Etre queer, c’est donc aussi un refus de l’hétéronormativité, une lutte contre l’hétéropatriarcat, et peut entraîner un certain radicalisme, qui je vous rassure, n’est pas grave du tout. Je tiens à insister sur l’aspect anticonformisme du queerisme en ce qui concerne l’orientation. Bien évidemment, être non-hétéro est déjà une transgression de la norme en soi, mais on peut être LGBP (lesbienne, gay, bi, pan) et s’adapter au modèle normatif hétéro. Pour citer un exemple typique : penser que le mariage est le seul enjeu des luttes LGBTQIA+, c’est pas très queer.
[Cela dit, je respecte tout à fait les personnes homo/bi/pan qui se marient ou restent dans ce modèle, ce n’est absolument pas une critique, on a aussi le droit de pas vouloir être queer]

4/Identité

Encore une fois, c’est assez simple. Notre identité est queer a partir du moment où nous ne sommes pas cisgenre.
A la naissance, on assigne un genre à chaque bébé, en fonction de ses organes génitaux (on fait ce genre de chose aberrantes, oui oui). La cisnormativité, c’est donc partir du principe qu’un bébé qui a une vulve est une fille, et qu’un bébé qui a un pénis est un garçon. Seulement, ce n’est pas systématiquement vrai. Vous êtes cisgenre à partir du moment où le genre qu’on vous a assigné à la naissance vous convient.
S’il ne convient pas, c’est que vous êtes… pas cisgenre 😀 Ca concerne par exemple les hommes et femmes trans (en majorité), mais aussi les personnes agenres, neutres, bigenres, genderfluid, genderqueer… ainsi que les personnes intersexes.
Etre queer, c’est donc aussi un refus de la cisnormativité, du cissexisme, une lutte contre l’assignation forcée de notre genre.

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Bien évidemment, toutes les personnes non-hétéro ou non-cis ne se reconnaissent pas forcément dans le terme « queer », donc ne partez pas du principe que touTEs le sont.

J’espère que vous avez à peu près compris ce qu’est le queerisme, car ce n’est que la première partie ! Dans la suivante, je vous parlerais de ce que le queerisme n’est pas, de ses limites, et pourquoi il est important de remettre en question ses privilèges !

[ Suggestion de lecture, pour aller plus loin :

Trouble dans le genre, Judith Butler

Théorie queer et culture populaire, Teresa de Lauretis ]

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