Zététique et Féminisme

Je suis féministe. Et même si mon bagage scientifique n’est pas exceptionnel j’apprécie la démarche zététicienne pour son approche épistémologique. Cette démarche m’a permis de faire le point sur mes propres systèmes de croyance.

Il y a quelques années j’ai tourné le dos à tout ce qui était pseudo-sciences mais avant j’étais une ferme tenante. J’étais voyante et je voulais suivre un cursus en naturopathie.

Je suis aussi atteinte de spondylarthrite ankylosante depuis presque 20 ans et c’est « grâce » à la maladie que j’ai remis en cause toutes les pratiques pseudo-scientifiques. J’ai été victime d’une personne (et de ma propre crédulité) qui m’a poussée à interrompre mon traitement de fond au profit de poudres, billes de sucre et tisanes. Force a été de constater que mon état s’est rapidement dégradé aussi bien physiquement que psychologiquement. J’ai repris mes médicaments et cette personne m’a reproché de m’empoisonner. J’ai vu l’autre face des pseudo-sciences, celle qui est tout sauf ouverte et bienveillante. Soit on est dans le truc, soit on est à la solde de Big Pharma.

Du côté du corps médical contre toute attente, on m’a dit “Si cela vous fait du bien malgré tout, pourquoi pas ? On ne connaît pas tout de tous les traitements dits alternatifs, si ça se trouve ça fonctionne vraiment. Mais évitez d’interrompre brutalement votre traitement et continuez à vous faire suivre au moins au niveau des analyses sanguines.”

Oui, mes médecins étaient plus à l’écoute et plus ouverts que les praticien-ne-s “alternatifves” que j’ai croisé.

Je me suis donc mis en tête d’approfondir le sujet autant que possible. Pour la voyance je savais qu’il y avait une très large part de lecture à froid et de psychologie basique. Je suis partie du principe que le psychisme était suffisamment puissant pour que l’effet placebo soit efficace de manière très nette.

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Sans le savoir je commençais à faire de la zététique.

En parallèle j’ai commencé à comprendre que j’étais féministe, sans le savoir là aussi. Non, le mot “féministe” n’est pas une insulte. J’ai pleinement embrassé cette manière de vouloir changer les choses et les outils zététiques m’ont été précieux. La découverte des biais cognitifs et des différents sophismes m’a permis de comprendre ce qui se cachait souvent derrière les discours sexistes ou pseudo-égalitaristes : une volonté de surtout ne jamais changer l’ordre établi.

Tout a été parfait dans le meilleur des mondes durant plusieurs mois, et puis ces deux univers ont commencé à entrer en collision. Je lisais souvent dans les groupes zét des propos vraiment limite. Cela a été jusqu’à ce jour où une personne a pu tenir tranquillement des propos transphobes sans jamais être remise en question. En gros, elle disait que les personnes trans étaient des abominations, et personne ne lui a rappelé qu’elle tenait un discours de haine. C’est même l’inverse qui s’est produit. Plusieurs personnes sont intervenues en lui faisant remarquer qu’elle tenait des propos non seulement erronés au niveau scientifique mais en plus pétris de préjugés et à la forme plus que douteuse voire insultante. Contrairement à toute attente, elle est restée dans le groupe, les autres ont été exclu-e-s (soit par la modération soit, comme moi, par elles-mêmes).

Dire que j’étais sur le cul serait certes grossier mais complètement adapté à la situation.

Fidèle à mon habitude, je me suis donc mis à rechercher toutes les occurrences de “féministe/féminisme” dans ces groupes, et à étudier d’un peu plus près l’attitude zét face au féminisme et à la question cruciale des (je résume volontairement cette question évidemment bien plus complexe) “différences homme/femme”. Autant vous dire que je n’ai pas passé une très bonne journée nerveusement parlant.

Tout y passait. Je me rendais compte que les plus brillants pratiquaient allègrement l’humour oppressif (ah ah les blagues sexistes comment que c’est trop drôle je me gausse oh oh oh), les affirmations péremptoires et la silenciation sous couvert d’autorité. Un comble pour des personnes sensées être “neutres”.

Ok. J’emphase. J’avais vu le problème avant mais je ne m’y étais pas vraiment intéressée car je voulais croire que ce n’étaient que des cas isolés, des effets de manche de personnes sûres de leur bon droit. Que nenni.

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Du recul

Ouais, c’est ce qu’il me fallait. Du recul. J’ai pris de la distance à la fois avec la zététique (ou plutôt le milieu zét) et le féminisme (ou plutôt le milieu féministe). Je me suis mise à l’écart du milieu féministe car dans le même temps j’ai réalisé la relative violence du militantisme.

En effet, dans les milieux safes j’ai souvent constaté une certaine violence. Un comble, oui et non. Que les personnes identifiées comme oppresseures soient un peu malmenées, pourquoi pas. L’effet de choc fonctionne relativement bien. Que des personnes victimes soient malmenées, en revanche, me rendait perplexe. On m’a par exemple fustigée quand je me suis définie comme personne handicapée au lieu de dire “en situation de handicap”. J’estime qu’il est mon droit de me définir comme je le souhaite.

De la même manière, je me suis souvent sentie obligée de contextualiser mes propos en précisant mon statut de victime de viol et de violences. Dire ces faits ne me pose pas spécifiquement problème, il peut en poser pour d’autres personnes victimes elles aussi et qui finissent par se taire. De très bons articles sur la violence du milieu militant ont été écrits, je ne suis pas d’accord avec tout mais je vous invite à les lire et vais poursuivre mon propos.

http://coleremilitante.tumblr.com/post/121094865413/%C3%A0-propos-de-la-toxicit%C3%A9-et-des-abus-en-milieu

http://lesquestionscomposent.fr/social-justice-warriors-notre-violence-nest-pas-virtuelle/

http://oi.crowdagger.fr/post/2015/07/19/Violence-des-%C3%A9changes-en-milieu-militant

Où en étais-je ? Ah, oui.

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La zététique, le féminisme

Ces deux milieux sont-ils compatibles ?

Je pense que oui. Oui si on sait faire la part des choses. Les outils zététiques sont précieux et peuvent servir à étayer beaucoup de propos féministes. Dans le même temps, les outils féministes peuvent aussi permettre une approche moins froide des sciences.

La zététique aurait tout à gagner en envisageant comme recevable certaines expériences comme base de réflexion. Je parlais plus haut du débat “différences homme/femme” qui est l’exemple parfait de ce problème. Pour un-e zét, l’approche est simple, scientifique, sans réel enjeu. On fait des tests, on analyse, c’est compliqué mais c’est réalisable.

Prenons par exemple le neurosexisme et les études sur “le cerveau a-t-il un sexe”. Je vais vulgariser très grossièrement et m’excuse si vos yeux saignent mais les deux thèses sont :

– Le cerveau a un sexe : les hommes sont plutôt câblés de telle manière, ils sont plus aptes à [ceci/cela], les femmes sont câblées comme ceci, etc. Le problème de cette réflexion est qu’elle est essentialiste. Les hommes seraient “par nature” comme ça, les femmes seraient “par nature” comme ça. On va même plus loin avec les thèses psycho-évolutionnistes qui en arrivent à expliquer tranquille au calme que les hommes violent parce que ce comportement est plus rentable pour eux. Allez dire ça à une victime de viol et essayez de voir si elle réagit bien, pour voir.

– Le cerveau n’a pas de sexe : la plasticité cérébrale fait que dès le plus jeune âge les comportements sont acquis. Nous sommes toustes neutres et évoluons en fonction de la société uniquement. Cet argument est plus plaisant à mon côté féministe, bien évidemment. Philosophiquement, je suis assez en accord. Mais il me faut reconnaître qu’en l’état actuel des choses aucun consensus n’appuie l’une ou l’autre de ces thèses.

Ce qui me fait pencher vers la seconde option est tout à fait personnel (donc non recevable au niveau zététique, on est bien d’accord). Lorsque j’attendais mon fils, j’ai pu constater que dès que son genre d’assignation a été connu l’attitude de la famille, des ami-e-s et du personnel soignant a été différent. Pour avoir suivi des cours de préparation à l’accouchement avec une amie dont la date de terme était 4 jours avant le mien, j’ai pu constater que sa fille était “nerveuse, agitée” et mon fils “vif, tonique, un bon petit gars !”. Avant même la naissance on adoptait une attitude différente en fonction de son genre assigné. Cela ne me surprend donc pas outre mesure que les études portant sur des nourrissons marquent une différence. J’ai vu passer une étude qui parlait de capacités cognitives sur des nourrissons de moins de 5 mois. Contrairement à ce que je pensais avant de vivre à huis clos avec l’Enfant, un nourrisson de 5 mois a énormément de capacités cérébrales, sociales et motrices. A cet âge les différences entre deux bébés sont parfois extrêmes.

Mon expérience n’est pas recevable en l’état, mais ignorer ce type d’élément dans les études me semble aberrant. L’être humain est un sujet d’études complexe et ce sont d’autres humains qui l’analysent donc vous imaginez le souci.

Par ailleurs l’oblitération de conséquences sociales est aussi dangereuse. Les postures essentialistes sont la norme depuis longtemps et mènent invariablement à un renforcement des inégalités. Les zét ne voient pas forcément l’enjeu, les féministes si. Mais s’il est déterminé avec certitude qu’en effet le « câblage » est différent il faudra l’accepter et réfléchir à nouveau sur les implications sociales d’une telle  découverte. Ce ne sera pas la fin du monde et on s’en remettra car la lutte ne se situe pas qu’à ce niveau.

Mais visiblement la posture de “neutralité” est de mise. C’est là où ces deux mondes entrent encore en collision.

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Neutralité et silenciation

Dans le monde zét, la neutralité est la condition sine qua non de toute approche. Dans le monde féministe, on préfère laisser parler les personnes concernées.

C’est encore une fois une vraie pomme de discorde au sein même du milieu féministe. On laisse parler les concerné-e-s en premier lieu, et c’est bien. Mais ces personnes concernées sont-elles les plus à même d’établir des constatations au niveau sociologiques par exemple ? Le fait d’être victime de viol ne fait pas de moi une spécialiste du viol. Je me suis documentée, j’ai beaucoup lu et encore maintenant je n’ai pas honte de dire que je ne maîtrise pas tous les aspects de la question. Je préfère néanmoins quand on prend en considération ma parole. Cela me heurte quand on parle de moi comme d’un sujet d’étude. Mon ressenti est réel, tangible, j’ai du mal à accepter qu’on m’analyse froidement comme une bactérie dans une boîte de Pétri.

Est-ce complètement inconciliable ? Pas à mon sens. Comme je le disais plus haut, la zététique et certaines disciplines scientifiques auraient tout à gagner en envisageant plus volontiers le vécu de leurs “sujets”. Pour en revenir à l’exemple évoqué sur sexe/genre/homme/femme je suis atterrée de voir que toute une frange de la population est totalement ignorée. Les personnes trans, les personnes intersexes représentent une proportion importante de la population ne serait-ce qu’au niveau statistique (1.7% de personnes intersexes à la naissance selon Anne Fausto-Sterling, les chiffres vont jusqu’à 4% selon les sources. Je n’ai pas sous la main de source fiable concernant les personnes trans mais on parle de 1/50 000 à 1/10 000 http://scopeblog.stanford.edu/2015/02/24/sex-biology-redefined-genes-dont-indicate-binary-sexes/). Or je n’ai jusqu’ici pas trouvé trace d’une prise en compte de ces personnes dans les études en faveur des thèses neurosexistes.

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Safe et non-oppressif : vraiment ?

C’est ce terme qui me pousse à écrire ce texte aujourd’hui. Quel est le sens de “safe et non-oppressif” ? Peut-on se prétendre safe et non-oppressif en demandant aux dominants de se taire ? N’est-ce pas être également dans un schéma d’oppression ? Ces termes n’ont pas le même sens en féminisme ou en zététique. La zététique va partir de la définition du dictionnaire, le féminisme va s’approprier le terme et le recontextualiser de manière militante. Le dictionnai
re a été écrit par les dominants, utilisons nos propres mots.

Comme cette notion est abordée du côté féminisme utilisons-donc un éclairage militant.

Safe : est une manière d’indiquer que des personnes sensibles à certaines problématiques ne se verront pas imposer, ou alors seront prévenues par avance et pourront éviter, des propos relatant des faits susceptibles de provoquer un malaise. Le terme est important car nous sommes nombreuxses à avoir été victimes. Beaucoup sont atteint-e-s de PTSD par exemple. C’est pourquoi on essaye au maximum d’encadrer les propos “triggering”. Que cela soit justifié ou non n’est pas ici la question.

Non-oppressif : signifie que les propos oppressifs ne seront pas tolérés. Les propos homophobes, transphobes, racistes, sexistes, sont interdits au même titre que les “blagues” de ce type. Cette notion recouvre également la notion de “personne concernée”. On admet de fait en entrant dans cet espace que la parole des personnes concernées sera respectée. Si par exemple une personne exprime son point de vue en tant que victime de viol elle ne verra pas son expérience remise en doute. Cela peut sembler aller de soi mais c’est rarement le cas dans la plupart des espaces publics. Je me suis souvent vue dire “tu aurais dû partir ou porter plainte” ou “si ça se trouve il ne te voulait pas de mal”. C’est un GROS problème auquel nous sommes confronté-e-s en permanence, il est donc compréhensible de demander des espaces “non-oppressifs”.

Personne ne peut contester les rapports de domination existant actuellement. A moins d’être une personne de bien mauvaise foi (et j’en suis bien désolée pour vous) on est toustes plus ou moins au courant que :

  • les personnes perçues comme femmes sont victimes de sexisme
  • les personnes racisées sont victimes de racisme
  • les personnes homosexuelles sont victimes d’homophobie
  • les personnes en situation de handicap sont victimes de validisme
  • les personnes en situation de pauvreté sont victimes de classisme

Alors vous, personnellement, vous n’êtes peut-être pas sexiste, raciste, etc. C’est pourquoi on parle d’”oppression systémique” (=portée par un système plutôt que du fait de quelques individus). Mais votre non-culpabilité ne rend pas la personne en face de vous non-victime pour autant. Vous et moi appartenons à un système, à une société qui fait vivre ces oppressions. De fait, en tant que blanche je ne vais certainement pas me mettre à disserter sur mon vécu de personne victime du racisme. Je peux comprendre de manière intellectuelle le racisme mais je ne le vivrai jamais. Je peux théoriser et lire autant que je voudrai, mon ressenti ne sera jamais celui d’une personne racisée. Aussi lorsqu’une personne me parle de sa propre expérience de victime du racisme mon réflexe est celui de la laisser parler, même si cela fait surgir en moi de la culpabilité. Car je SUIS coupable d’entretenir le système. J’ai beau être déconstruite comme vous voulez, je profite de ce système (je trouve du travail facilement, je suis logée sans souci, je ne suis pas jugée par le corps médical et les institutions, etc.). Je n’y peux rien, je n’ai pas prise là-dessus à mon niveau individuel. J’agis à la hauteur de mes moyens : je ne laisse pas passer les “blagues” racistes, je parle de racisme et de privilège blanc à mon entourage, j’essaie de leur faire réaliser certaines choses, je diffuse comme je peux les informations et articles sur le sujet, etc.

Je m’éloigne un peu du sujet mais il s’agit ici de redéfinir cette notion importante de système de domination et d’oppression telle que je la perçois.

Lorsqu’un dominant arrive sur un sujet et dit “moi je sais, vous devriez…” (Et ça arrive systématiquement. Toujours. Invariablement. Non, vraiment.) on va lui demander plusieurs choses. D’abord, d’écouter les concerné-e-s. C’est important, ça me semble être la base. Puis de ne pas tomber dans l’injonction. Croyez-moi, des personnes qui savent mieux que les autres comment agir et mener le Combat on en croise tous les jours, plein. Non, vous n’avez pas découvert la Lune, oui on sait ce qu’on doit faire. Ensuite, si la personne a réellement des choses importantes à apporter à la discussion, allons-y de bon cœur ! Tant mieux !

Si cette attitude est généralement bien comprise en féminisme, c’est une autre histoire quand on touche à la zététique, vous vous en doutez.

La posture zététique c’est de dire “si on a des sources étayées, on peut parler de tout”. C’est vrai dans l’absolu. Beaucoup de littérature scientifique a été publiée sur moults sujets tous plus passionnants les uns que les autres. Encore faudrait-il que les gens s’accordent sur ce qui est scientifique ou pas. Des disciplines comme la sociologie, la psychologie ou l’économie sont encore aujourd’hui placées en dehors de la science par beaucoup (“science molle/science dure”). C’est tout de suite un peu plus compliqué de parler de sexisme sans utiliser de ressources en sociologie ni en psychologie, non ? De la même manière qu’il me semble incomplet d’évoquer les flux financiers de manière strictement mathématique. C’est oublier une vaste partie du problème à mon sens. Oui, on peut établir des modèles purement “scientifiques” et théoriser à volonté. Pour moi c’est avant tout se couper du réel.

Le problème est un peu là. Le féminisme place l’expérience et l’humain-e au centre de sa réflexion, la zététique y préférera les travaux théoriques neutres. Quand on ne parle pas le même langage, difficile de s’entendre. Et là, on se taxe d’idéologues dans les deux camps.

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Le problème avec l’idéologie…

L’idéologie admet plusieurs définitions (selon le dictionnaire, cette engeance du démon écrit par des dominants).

http://www.cnrtl.fr/lexicographie/id%C3%A9ologie

 Science des idées (au sens général des faits de conscience), de leur nature, de leur rapport avec les signes qui les représentent, et surtout de leur origine (qu’elles tirent de la seule expérience sensible, continuation du sensualisme de Condillac).

ou

 Ensemble plus ou moins cohérent des idées, des croyances et des doctrines philosophiques, religieuses, politiques, économiques, sociales, propre à une époque, une société, une classe et qui oriente l’action. Idéologie chrétienne, conservatrice, révolutionnaire, réactionnaire, gaulliste, libérale, nationaliste.

ou

 Système d’idées, philosophie du monde et de la vie.

En soi la zététique est elle aussi une idéologie.

J’entends souvent, surtout quand je râle sur l’homéopathie et les pseudo-médecines, que je suis dogmatique, obtuse, et tenante de la science (scientiste). On me dit aussi que je suis bouchée quand je parle féminisme. Allons bon.

Le point com
mun entre ces deux accusations est qu’on reproche une pensée étayée par des arguments solides. Dans le cas de la zététique comme méthode épistémologique, on part dans des considérations sur le lobby pharmaceutique qui paye des chercheurs, sur la volonté de domination de Big Pharma, sur une soi-disant interdiction d’émettre des opinions contradictoires (comme si le lobby de la pseudo-science ne rapportait pas d’argent et ne faisait pas publier des études incomplètes voire frauduleuses). Dans le cas du féminisme, on reproche une « pensée unique » qui chercherait avant tout une domination de la gente féminine sur le reste du monde, argument ô combien ridicule pour quiconque s’intéresse un peu aux courants de pensée féministes.

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Le féminisme et la zététique en collision

La question est donc double :

  • Le féminisme peut-il utiliser les outils zététiques ?
  • La zététique peut-elle critiquer le féminisme ?

Si on considère la zététique comme art du doute, on peut arguer que le féminisme n’a rien à voir. Or, je l’expliquais plus haut, nous utilisons régulièrement les outils zététiques. De plus, il est de notre intérêt que les différentes études scientifiques concernant les sujets clés féministes soient les plus solides possibles. Mais le féminisme n’a pas forcément à critiquer la zététique en tant que telle. Critiquer et exposer des propos inacceptables sous couvert de « zététique » oui, critiquer les méthodes zététiques, non.

Si on considère le féminisme en tant qu’idéologie militante, en revanche, la zététique n’a pas les moyens de réfuter ce qui tient d’une philosophie de vie et objectif politique. Elle peut en revanche critiquer les outils utilisés par les féministes, mais pas forcément vocation à remettre en question les idéaux portés par ces mouvements. La zététique critique-t-elle la politique par exemple ? Peut-être, mais je n’ai jamais encore vu de débat à ce sujet. La zététique peut (et doit) critiquer les religions en tant que biais possible, mais ne peut exclure une personne mettant de côté sa foi sous prétexte qu’elle reste croyante. Ce serait bien hypocrite que de dire qu’en tant que pratiquant la zététique on se retrouve soudainement pur de tout biais. Ça arrive même aux meilleurs, ça s’est vu, c’est la raison même de la remise en cause permanente de tout et c’est pour ça que personne ne peut utiliser l’argument d’autorité comme « preuve valable ».

La zététique peut et doit analyser les études scientifiques utilisées par les féminismes mais ne peut pas se permettre de porter un jugement sur les méthodes d’action du mouvement militant. C’est ici la problématique principale et ce que beaucoup oublient lorsqu’ils s’attaquent « au féminisme ».

Côté militant-e-s, il faut aussi savoir reconnaître l’efficacité zététique lorsqu’elle est à l’oeuvre. Si un jour on me prouve que les thèses psycho-évolutionnistes sont justes avec certitude et que c’est le consensus scientifique, je l’accepterai. Les revendications vont de toutes façons bien au delà de l’essentialisme et se situent surtout au niveau psycho-social.

C’est là que le bât blesse. J’ai la chance d’évoluer dans ces deux milieux, je suis consciente à la fois de mes propres biais (j’ai probablement utilisés des sophismes dans cet article et je SUIS biaisée) et des pièges dans lesquels tombent ces deux courants qui, finalement, ont tout et rien à voir.

Encore une fois, chacun-e aurait tout à gagner à mettre un peu de côté sa fierté, sa colère et son ego pour se questionner. Suis-je réellement honnête avec moi-même et avec ce que je défends ? Est-ce que mes réactions soutiennent ou discréditent la cause que je porte ?

écrit par
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