Zoom sur l'A / Demi / Gray -sexualité

Chèr.e lecteur.ice qui te pose des questions sur l’a-demi-gray-sexualité, tu es au bon endroit ! Voici le premier article d’un dossier qui en comptera cinq autres sur le sujet : la visibilité, la découverte, la vie d’a-demi-gray, le coming out et, enfin, un manuel à destination des allié.e.s qui souhaiteraient s’adresser à nous sans faire de bourdes (merci à elleux). Nous publierons un article par semaine. Je vais m’efforcer, dans celui-ci, de vous expliquer tout ce qu’il y a à savoir sur ces identités qui s’éloignent un peu beaucoup de ce que croit en connaître la plupart des gent.e.s, qu’illes soient concerné.e.s ou non…

 

EuroGaypride

Quelques préjugés tenaces

Avant d’expliquer ce que c’est et vu la quantité d’âneries que l’on peut lire chaque jour sur le sujet, il me semble important d’expliquer ce qu’elle n’est pas. L’asexualité, la demisexualité et la graysexualité ne sont pas un manque de libido, puisque c’est est une affaire d’attirance sexuelle et que cela n’a pas forcément à voir avec le fait d’avoir ou non une libido.

La libido, c’est une pulsion poussant à s’adonner à des stimulations d’ordre sexuel. La libido n’est dirigée vers personne en particulier, même si elle peut être attisée par la vision d’un corps sexualisé, par exemple. Elle n’a pas spécialement besoin de stimuli pour exister, chacun.e a la sienne, plus ou moins importante. Ou même pas du tout. Une libido très faible ou absente n’est pas forcément le signe d’une pathologie quelconque et elle n’est pas forcément mal vécue non plus. Surtout quand on en a jamais eu…

L’attirance sexuelle, elle, est le fait d’être attiré.e sexuellement par les personnes remplissant certains critères (esthétiques ou autres) et d’avoir envie de s’adonner à des pratiques sexuelles avec ces personnes. Là où une personne sexuelle souhaitera le plus souvent s’adonner au sexe avec les personnes qui l’attirent sexuellement, une personne asexuelle, même ayant une libido, ne sera attirée sexuellement par personne et préférera donc se masturber. Une personne demisexuelle sera attiré.e éventuellement (ce n’est pas systématique) par une ou des personnes avec qui elle entretient un fort lien émotionnel et une personne graysexuelle sera attirée occasionnellement ou par périodes, sans que cela ait forcément un rapport avec leur libido.

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Bien évidemment, ce n’est pas non plus un « manque » d’attirance sexuelle pour autrui. En fait, ce n’est pas un manque de quoi que ce soit, puisque le manque se définit par un désir de le combler. Or, ce que nous ne désirons pas ne peut logiquement pas nous manquer. Comme il est pratique pour l’oppresseur de décréter que ce que l’opprimé.e ne veut pas lui fournir est un « manque »… Contrairement à ce qui se dit parfois, l’on est pas non plus a, demi ou gray par manque d’opportunités de coucher. Les personnes sexuelles ne trouvant pas de partenaire vivent en général mal d’avoir envie de s’adonner au sexe sans trouver de partenaire, ce qui n’est pas notre cas.

Nous ressentons tout au plus un désir de paraître plus « normau.le.s », ce qui est bien différent… Et compréhensible, vu le poids des injonctions qui pèsent sur nous et l’omniprésence d’idées comme celles de « libido correcte » ou de « manque de désir sexuel », le tout agrémenté de photos de couples qui se font la gueule parce que tout le monde sait que sans sexe ou avec peu de sexe, point de tendresse et encore moins d’amour…

Imaginez que quelqu’un aimant d’amour les salsifis, vexé que vous n’ayez pas le même penchant pour ce légume, vous accuse de « manquer d’amour du salsifi »… Imaginez maintenant que des tonnes de magazines se mettent à parler de ce fléau qu’est le désintérêt d’une certaine frange de la population pour les salsifis au moyen d’articles tous plus culpabilisants et déshumanisants les uns que les autres. Ce serait absurde, non ? Libido ou non, nous ne souhaitons pas (ou pas souvent, ou sous certaines conditions) nous adonner au sexe avec d’autres personnes et c’est notre droit le plus strict.

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Ciel ! Ma copine préfère dormir plutôt que de jouer son rôle d’objet sexuel…

L’asexualité, la demisexualité et la graysexualité n’ont pas non plus de rapport avec un éventuel traumatisme subi par le passé. Des personnes sont a, demi ou gray sans avoir subi de traumatisme tandis que d’autres en ont subi et ne le sont pas, il n’y a donc aucune raison de penser qu’il y a un quelconque rapport entre ces deux données. D’ailleurs, toutes les personnes a, demi ou gray ne sont pas rebutées par le sexe, il s’agit juste d’une activité à laquelle elles ne souhaitent pas s’adonner avec autrui (ou pas souvent, ou sous certaines conditions).

Nous ne sommes pas non plus des paresseux.se.s qui préfèrent lambiner plutôt que de « s’entraîner » afin de devenir de bon.ne.s allosexuel.les comme la société nous le dicte. L’intérêt pour le sexe n’est pas une affaire d’entraînement et il ne vient certainement pas en se forçant. Vu la souffrance par laquelle nous passons, les années de rapports non souhaités que nous nous infligeons, il est parfaitement insultant de dire que nous devrions nous « entraîner » plus souvent et faire plus « d’efforts ». C’est même pire pour les personnes constamment sexualisées, c’est-à-dire tout le monde sauf les hommes cis : les femmes car elles sont femmes et les hommes trans car qui dit « vagin » dit « sexy »… Ces personnes grandissent et vivent dans une société qui les sexualise dès leur plus jeune âge et leur enfonce dans le crâne qu’elles n’existent que pour satisfaire les désirs des hommes cis, notamment sexuels, et qu’elles doivent s’y plier si elles veulent un jour être vues comme des personnes de valeur. Nous en avons justement marre d’en faire, des efforts, et tout ce que l’on demande est que l’on nous fiche la paix.

Diriez vous à une personne homosexuelle qu’elle devrait faire plus d’efforts pour devenir hétérosexuelle et que, si elle essayait, elle apprécierait peut-être ? J’espère bien que non. Cette personne n’est tout simplement pas attirée par celles d’un autre genre que le sien. Pour nous, la catégorie de personnes pour qui nous ne ressentons pas ou rarement d’attirance sexuelle englobe généralement tout le monde, ce n’est pas plus compliqué que cela.

Nous ne nous identifions pas non plus comme asexuel.les, demi ou gray pour « fuir nos responsabilités ». Au nom de quoi serions-nous « responsables » de la libido ou des goûts sexuels des autres personnes, fussent-elles nos amoureux.s
es ? Au nom de quoi ces personnes pourraient-elles prétendre à un accès VIP à nos corps sans que nous ayons notre mot à dire ? Leur libido, leurs désirs, ce sont leurs problèmes, pas les nôtres et le fait qu’être sexuel.le soit la norme n’y change absolument rien. Il est assez amusant de noter combien la société présente le sexe comme la meilleure activité à pratiquer mais, dès que l’on a pas envie de le faire, elle devient une « responsabilité », un « devoir »… Le sexe n’est pas plus un devoir que le fait d’aimer ou non les salsifis. Bien que le devoir conjugal ne soit plus une obligation légale, il y a encore du chemin à parcourir afin de bannir cette idée abjecte de l’esprit des gent.es…

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Petit lexique de l’asexualité

Comme vous le savez sûrement, le spectre des orientations sexuelles, loin des « cases » dont parlent certain.e.s personnes peu ou mal informées sur le sujet, se décline en une multitude de nuances. La demisexualité et la graysexualité peuvent se présenter sous une forme non hétérosexuelle. On peut être demi et homosexuel, bisexuel ou pansexuel, etc.

Il faudrait donc plutôt imaginer un second spectre allant de « sexuel » à « asexuel » avec, dessus, la demisexualité et la graysexualité.

Les personnes graysexuelles, par exemple, n’éprouvent que rarement de l’attirance pour autrui, ou par périodes, ce qui les éloigne de la norme. Sans être strictement asexuelles, elles se situent donc pourtant près de l’asexualité sur ce nouveau spectre, ou en tout cas plus loin de la sexualité que la plupart des personnes. Sur les forums ou les réseaux sociaux, l’on rencontre souvent des gent.es n’osant pas se définir autrement qu’hétéro, homo ou pansexuelles car ayant déjà ressenti de l’attirance pour d’autres personnes.

Il me semble donc important de nommer tout ce qui se trouve près du pôle « asexualité », ne serait-ce que pour que ces personnes aient enfin un mot pour se définir. Ne pas savoir ce que l’on est, se sentir à part, être traité.e de « chiant.e » en raison d’un intérêt fluctuant pour le sexe sans savoir qu’une telle fluctuation n’est pas le signe d’une pathologie à « soigner » ou d’une mauvaise volonté peut être très difficile à vivre.

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Voici les principales nuances du spectre se rapprochant de l’asexualité, étant bien entendu qu’elles ne sont pas forcément immuables, chacun.e peut changer au cours de sa vie. L’on a également tout à fait le droit de se définir tout simplement comme asexuel.le si l’on ne souhaite pas s’appesantir sur des détails tels que « j’ai été attiré.e par une fille une fois dans ma vie à 16 ans quand j’étais en vacances à Biarritz »…

L’asexualité est le fait de ne pas ressentir d’attirance sexuelle pour autrui.

La graysexualité est la zone grise se situant entre la sexualité et l’asexualité. Les personnes graysexuelles ne ressentent qu’occasionnellement du désir pour autrui ou bien sous certaines conditions propres à chacun.e, sans d’ailleurs nécessairement souhaiter que cela débouche sur un rapport sexuel.

La demisexualité est le fait de ressentir d’attirance sexuelle pour quelqu’un.e que si l’on a au préalable créé un réel lien émotionnel avec cette personne. Ce lien émotionnel peut être de nature romantique mais pas nécessairement.

L’autosexualité est le fait d’être excité.e sexuellement sans avoir besoin de stimulations extérieures mais de n’avoir d’activité sexuelle qu’avec soi-même, soit par goût, soit pour répondre au besoin créé par sa libido, si l’on en a une.

L’autochorissexualité est le fait d’être excité.e sexuellement par des fantasmes ou de la pornographie mais de ne pas avoir envie que cela débouche sur du sexe avec autrui.

L’akiosexualité (que j’ai traduit de l’anglais « akiosexuality », n’ayant pas trouvé d’occurrence en français) est le fait d’éprouver du désir sexuel pour autrui seulement dans le cas où ce désir n’est pas réciproque. S’il le devient, alors l’attirance s’estompe, puis disparaît.

Comme pour les autres orientations sexuelles, ces orientations n’ont pas de lien avec l’orientation romantique. Notons tout de même que les orientations se rapprochant de l’aromantisme (greyromantisme, demiromantisme, akioromantisme, dont vous devinerez aisément le sens) gagneraient tout autant à être mieux connues que celles que je viens de vous présenter.

Pour aller plus loin…

Voici les liens des sites de références regroupant informations et témoignages sur le thème de l’asexualité. Le plus populaire est sans doute celui d’AVEN qui est une vraie mine d’informations. Le site de l’association pour la visibilité asexuelle (AVA) regroupe nombre de témoignages précieux de personnes concernées. Il existe également une base de donnée, malheureusement assez peu fournie mais au contenu intéressant, recensant divers articles sur le sujet.

 

L’équipe à la rédaction de ce dossier tient à remercier sincèrement les concerné-es qui ont pris le temps de nos répondre à nos questions. Sans vous ce dossier n’existerait pas ou serait beaucoup moins chouette. Nous remercions aussi celleux qui ont fourni un avis consultatif, nous ont relu, ont écouté nos interrogations. Ces articles sont pour vous, des bisous.

écrit par
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